Europe : vers une frontière invisible qui vous suit partout

L'UE développe des technologies biométriques qui transforment chaque mouvement en contrôle frontalier automatisé. Promesse : fluidité. Réalité : surveillance de masse.

27 févr. 2026
Europe : vers une frontière invisible qui vous suit partout
The Seamless Surveillance Machine: Europe’s Biometric Border Vision - AlgorithmWatch
The EU aims to develop and deploy so-called “biometrics on the move” technologies in order to turn its borders into engines of seamless mass discrimination. Behind the promise of rendering border crossings instantaneous and border checks invisible, lies a vision rooted in opacity and unproven technological solutions. This could, in practice, usher in a regime of invisible but pervasive mass surveillance of people on the move and travelers alike.

Voici l'avenir que nous prépare l'Union européenne : identifier chaque passager dans une voiture roulant à 20 km/h, à 200 mètres du poste-frontière. Analyser votre démarche, scanner votre iris à six mètres de distance, croiser vos empreintes avec vos publications sur les réseaux sociaux pour déterminer si vous êtes un terroriste potentiel ou juste un touriste. Cette vision de « biométrie en mouvement » mobilise des centaines de millions d'euros depuis deux décennies, des projets ABC4EU à EINSTEIN en passant par CarMen et AutoBorder.

"Le poste-frontière n'est plus un arrêt. C'est un moment de mouvement : observé, compris et vérifié de manière invisible en temps réel [traduit de l'anglais]"

— Carl Gohringer, Vice-président développement commercial, Paravision

L'objectif affiché : remplacer les passeports par votre smartphone et transformer votre corps en document d'identité permanent. Le système EES, lancé en octobre 2025, n'est qu'un avant-goût : files d'attente interminables, bugs récurrents, agents mal formés. Mais l'industrie persiste : Paravision promet déjà des « corridors sans contact » où « la frontière n'est plus un arrêt mais un moment de mouvement ». Le paradoxe est saisissant : quand la frontière devient invisible, elle devient aussi inéluctable.

Points de vigilance

Technologies immatures présentées comme opérationnelles. Absence d'évaluation légale des droits fondamentaux. Risque de normalisation du profilage racial par automatisation.

Et maintenant ?

  • ✊ Organiser un audit citoyen transfrontalier des projets Horizon biométriques

Coalition ONG européennes + chercheurs pour forcer la transparence sur 20 ans de projets financés (ABC4EU, EINSTEIN, CarMen). Exploiter le droit d'accès aux documents UE pour révéler l'écart promesses/réalité et documenter les violations de droits.

→ On saura que ça marche quand les rapports d'évaluation des projets Horizon seront systématiquement rendus publics avant le financement suivant

  • 🤘 Créer une alliance juristes-techniciens contre l'illégalité biométrique

Exploiter l'aveu du projet PROTECT : ces technologies violent le cadre légal actuel. Coalition avocats spécialisés + experts techniques pour multiplier les recours préventifs contre les appels d'offres Frontex avant déploiement.

→ On saura que ça marche quand Frontex devra publier une évaluation juridique contraignante avant chaque pilote biométrique

  • 💪 Documenter et partager les dysfonctionnements EES en temps réel

Créer un réseau de signalement citoyen des bugs, files d'attente et discriminations liés au système EES. Alimenter les recours juridiques avec des preuves terrain et rendre visible l'échec du système existant avant l'extension biométrique.

→ On saura que ça marche quand les incidents EES documentés par les citoyens seront cités dans les débats parlementaires européens


8/10 : Score sur l'échelle des "5 piliers de la liberté", inspiré de l'ouvrage de Timothy Snyder
Framework #FLTR — Note méthodologique
Protocole de production et de publication dont la ligne éditoriale est codée dans l’ADN-même du projet. Cette architecture auto-apprenante transforme une intention humaine en contraintes techniques, imposées tant aux outils d’intelligence artificielle qu’aux humains qui les entrainent, et vice-versa

Ces pistes ne sont pas des recettes toutes faites, mais des points d'entrée pour repenser nos systèmes numériques selon une logique de liberté positive : non pas limiter, mais augmenter nos capacités collectives d'action.

Si tu connais des exemples réels qui vont dans ce sens — ou des contre-exemples qui méritent d'être documentés — partage-les en commentaires et discutons-en ensemble sur Discord !