đŸš« Interdire les rĂ©seaux sociaux aux moins de 15 ans: Et si on inversait les responsabilitĂ©s ?

4 févr. 2026
đŸš« Interdire les rĂ©seaux sociaux aux moins de 15 ans: Et si on inversait les responsabilitĂ©s ?

J'ai eu le plaisir d'intervenir hier soir sur BX1, pour Ă©voquer ces enjeux rĂ©els de santĂ© mentale et de bien-ĂȘtre avec Solayman Laqdim, le dĂ©lĂ©guĂ© gĂ©nĂ©ral aux droits de l'enfant.

L'occasion de rĂ©pĂ©ter qu'une interdiction, seule, offrait un blanc-seing aux plateformes puisque si les moins de 15 ans ne sont plus censĂ©s ĂȘtre lĂ  lĂ©galement, pourquoi Meta ou TikTok feraient-ils en effet encore le moindre effort pour les protĂ©ger ?

Comme l'a rappelĂ© Solayman : les enfants ont des droits. Le droit d'ĂȘtre Ă©duquĂ©s, le droit d'interagir, le droit Ă  une vie sociale — y compris numĂ©rique.

Donc, si on réfléchissait un peu autrement ?

Aujourd'hui, on demande aux enfants de prouver qu'ils sont mineurs pour ĂȘtre protĂ©gĂ©s. Pourquoi est-ce qu'on ne demanderait pas plutĂŽt aux plateformes d'ĂȘtre sĂ»res par dĂ©faut — pour tout le monde — et que ce soient les adultes, pleinement consentants, qui s'authentifient pour accĂ©der aux fonctionnalitĂ©s addictives ?

Scroll infini, notifications push nocturnes, autoplay, recommandations algorithmiques, publicités ciblées, messagerie ouverte : tout ça deviendrait optionnel, accessible uniquement aprÚs vérification, via Itsme

« C'est une atteinte Ă  la libertĂ© des adultes. » Vraiment ? On prouve sa majoritĂ© pour acheter des clopes ou de l'alcool, entrer au casino, louer une voiture. Personne n'appelle ça de la censure. Les fonctionnalitĂ©s addictives sont des produits Ă  risque documentĂ© — la vĂ©rification est proportionnĂ©e.

« Les jeunes utiliseront le compte de leurs parents. » Certains le feront, d'autres utiliseront des VPN. L'objectif n'est pas le risque zĂ©ro — il n'existe pas. L'objectif, c'est de ne pas faciliter l'accĂšs au danger.« C'est techniquement impossible. » TikTok, Instagram et YouTube ont dĂ©jĂ  des modes "enfants" et moins de 13 ans. La technologie existe. Ce qui manque, c'est l'obligation de l'activer par dĂ©faut. Et le DSA europĂ©en offre prĂ©cisĂ©ment le levier pour rendre cette obligation lĂ©gale.

« Les plateformes quitteront l'Europe. » L'Europe, c'est 450 millions de consommateurs. Le modÚle économique des plateformes repose sur l'addiction. Si on accepte ce chantage, on accepte que la santé mentale de nos enfants soit une variable d'ajustement pour leurs actionnaires.

« Les adultes ne voudront pas s'authentifier et les plateformes perdront de l'argent. » Si les adultes continuent d'utiliser les plateformes et se contentent du mode sobre, c'est que le mode addictif n'était pas un service mais une manipulation.

On peut sortir de cette crise par le haut. Pas en interdisant, mais en exigeant. Pas en excluant les enfants du numérique, mais en leur donnant la possibilité de le pratiquer sans en subir les effets toxiques dÚs le plus jeune ùge.

Merci encore à Fabrice Grosfilley pour l'invitation.Et au plaisir de poursuivre la conversation, notamment sur l'usage des données qui seraient collectées ..

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