
Cette déclaration européenne marque un tournant rhétorique. Alors que l'Europe est souvent présentée comme dépendante de la tech américaine ou asiatique, les dirigeants du secteur des semi-conducteurs rappellent une réalité technique : sans ASML et ses machines à gravure ultraviolette, personne ne peut produire les puces les plus avancées.
"L'UE devrait créer une sorte de dépendances inverses vers la technologie européenne"
— Luc van den Hove, PDG d'Imec
Le hub de recherche de 2,5 milliards à Leuven illustre cette stratégie : créer des « dépendances inverses » en contrôlant les goulots d'étranglement technologiques cruciaux. L'enjeu dépasse le simple rattrapage industriel. En maîtrisant les outils qui fabriquent les puces plutôt que les puces elles-mêmes, l'Europe détient un levier systémique sur l'ensemble de la chaîne numérique mondiale. La préparation d'un second Chips Act européen suggère que cette approche va s'institutionnaliser.
Points de vigilance
Risque de sur-confiance si cette dépendance inverse devient l'arbre qui cache la forêt des autres vulnérabilités européennes en matière numérique.
Et maintenant ?
- 🤘 Cartographier les goulots d'étranglement technologiques européens méconnus
Alliance think tanks + associations industrielles + institutions de recherche pour identifier systématiquement où l'Europe détient des monopoles de facto (comme ASML) dans la chaîne numérique. Créer une base publique des « dépendances inverses » pour éclairer les négociations commerciales et les investissements stratégiques.
→ On saura que ça marche quand les négociateurs européens citeront cette cartographie dans les accords commerciaux internationaux.
- 🤘 Créer des consortiums technologiques transsectoriels sur le modèle ASML
Alliances public-privé ciblant d'autres points névralgiques : outils de conception logicielle, équipements de fabrication spécialisés, standards industriels critiques. Chaque consortium vise l'excellence mondiale sur un maillon spécifique pour créer de nouveaux leviers de négociation.
→ On saura que ça marche quand des secteurs non-européens devront négocier l'accès aux outils européens comme ils négocient aujourd'hui l'accès aux puces taïwanaises.
- 💪 Documenter les dépendances technologiques de son propre secteur
Analyse systématique des outils, logiciels et standards dont dépend son entreprise ou organisation. Identifier les fournisseurs critiques uniques, cartographier les alternatives possibles, quantifier les coûts de changement. Partager ces données avec les associations professionnelles pour créer une vision collective des vulnérabilités sectorielles.
→ On saura que ça marche quand les dirigeants d'entreprise incluront systématiquement les « dépendances inverses » dans leur stratégie de négociation avec les fournisseurs dominants.
8/10 : Score sur l'échelle des "5 piliers de la liberté", inspiré de l'ouvrage de Timothy Snyder

Ces pistes ne sont pas des recettes toutes faites, mais des points d'entrée pour repenser nos systèmes numériques selon une logique de liberté positive : non pas limiter, mais augmenter nos capacités collectives d'action.
Si tu connais des exemples réels qui vont dans ce sens — ou des contre-exemples qui méritent d'être documentés — partage-les en commentaires et discutons-en ensemble sur Discord !


