Notre roadtrip au Danemark a commencé par un commit git

Notre roadtrip au Danemark a commencé par un commit git

Trois mois avant le départ, le voyage existait déjà dans un terminal. Récit d’une co-construction avec une IA — où qui choisit, qui réserve et qui paie est resté non négociable, et où la machine a fini par reconstituer le voyage réel mieux que nos souvenirs.

Le 25 avril dernier, j’ai ouvert un terminal et créé un dépôt git baptisé « vacances ». Premier commit : une carte, un diaporama. Notre road trip vers le Danemark venait de commencer — trois mois avant de démarrer la voiture, dans un dossier de code.

Tout est parti d’une conversation où on a déballé nos envies, avec mon épouse historienne, et sans les enfants, désormais trop grands pour se coltiner les darons. Elle voulait le Grand Nord, les villes médiévales, remonter le fil de ces populations qui ont un jour quitté la Scandinavie en remontant les fleuves du continent. jusqu’en Normandie, entre autres. Voir d’où ça partait. Moi, je voulais la Baltique. J’y avais goûté il y a quelques années, lors d’une conférence pour le boulot, et l’énergie de cette mer m’était restée dans un coin du ciboulot. Ajoutez les contraintes terre-à-terre : départ et retour à Eghezée, une voiture électrique, des villes d’eau, du vélo partout, du kayak, un peu d’architecture, quelques saunas et de la bonne bouffe typique de là-bas.. Le tout versé en vrac dans le repo.

Et là, la machine a fait ce qu’elle fait de mieux : élargir le champ. Veere. La plage de Mondrian à Domburg. Greetsiel et le phare de Pilsum. Les phoques de Norddeich. Ribe. Sønderho, au bout de l’île de Fanø. Le musée Tirpitz signé BIG. Jamais nous ne serions allés nous perdre dans ces coins-là tout seuls. C’est le cœur de l’affaire : Claude n’a rien décidé, il a proposé — nos contraintes, ses trouvailles, avec l’intendance qui suit : loueurs de vélos, horaires de ferry, temps de route. Et pour l’historienne, Roskilde en option sur la route de Copenhague : la cathédrale, nécropole des rois danois, et le musée des navires vikings. (Spoiler : Roskilde est resté à l’état d’option — l’histoire, on l’a finalement trouvée dans un village reconstitué à deux pas du spot de kayak.)

Sauf que. Il y a une ligne que je n’ai jamais franchie : mes comptes. À aucun moment Claude n’a eu accès à Booking, à mes moyens de paiement, à quoi que ce soit qui touche à mes données bancaires. Chaque hôtel, je l’ai choisi et réservé moi-même, puis j’ai refilé les confirmations en captures d’écran pour qu’il les intègre au programme. Pareil pour le kayak à Bork Havn. Deux raisons, et les deux comptent. Garder la main : celui qui paie décide. Et ne pas ouvrir de vulnérabilité : un agent qui se balade avec tes accès bancaires, c’est une porte d’entrée de plus. Non merci.

Le roadbook s’est ajusté au fil des sessions : le timing exact du départ, les recharges nécessaires (dix ans que je roule 0 % pétrole : cette logistique-là, je la connais par cœur), la date à laquelle nous voulions être rentrés en Belgique. Le 10 juillet, on a verrouillé : réservations intégrées, Tirpitz et ferry vers Fanø ajoutés, itinéraires panoramiques. Avec une exigence non négociable : le roadbook initial devait rester lisible sur mobile, hors connexion. Des fichiers, pas une app.

Honnêtement ? Rien de fluide comme dans les démos. Un dialogue permanent, plutôt. Des consignes dictées à l’oral pleines de coquilles que la machine devait interpréter (essaie de dicter « Rødby–Puttgarden » à ton téléphone, on en reparle), une carte qui s’ouvrait au mauvais zoom, un export de tableur qui a exigé un détour par AppleScript. Et puis des moments où ça glisse tout seul : les adresses des treize recharges géocodées et intégrées comme une fleur, les 97 photos placées sur la carte par leurs seules données EXIF. Bref : un outil, pas un majordome — mais un outil qui avale du travail de moine sans broncher.

Et une leçon en passant : les sessions de travail d’avril à juin ont disparu, purgées après trente jours. De l’origine du projet, il ne reste que ce que git a enregistré. L’outil qui m’a aidé à construire le voyage ne se souvient pas de l’avoir fait… Moralité : on consigne dans le dépôt, pas dans la mémoire de l’assistant. Le mien ne me « connaît » pas. Il lit ce que je lui laisse. Très bien comme ça.

Le voyage réel, celui que racontent les traces

Nous sommes partis le 15 juillet, rentrés le 23. Huit nuits, quatre pays, quelque 2 550 kilomètres, treize recharges. Et le 24, retour au terminal pour le plus beau morceau : demander à Claude de reconstituer le voyage réel — pas le programme, le voyage — à partir des seules traces numériques. Le résultat, le voici :

Ouvrir la carte en plein écran ↗

Deux matériaux, pas un de plus. L’historique de recharge de la voiture, d’abord : les bornes trahissent l’itinéraire. Elles racontent que l’autoroute a remplacé la côtière prévue au programme, que le retour s’est fait par le ferry Rødby–Puttgarden et pas par le pont du Grand Belt, qu’il y a eu une nuit d’étape à Hanovre — et que nous sommes rentrés le 23, pas le 25 planifié. Les métadonnées des 97 photos, ensuite : GPS, heure de prise de vue. Le Tirpitz, soigneusement ajouté au planning quinze jours plus tôt ? Jamais visité — le kayak a mangé la matinée du 19, Fanø l’après-midi. Odense le 20, Lübeck le 22 : absentes du programme, retrouvées dans les EXIF.

Le roadbook est plus honnête que la mémoire. On se souvient du voyage qu’on avait prévu ; les traces racontent celui qu’on a fait.

Et le tout tourne sur OpenStreetMap, des tuiles libres, un moteur de routage open source, un hébergement chez Codeberg. Pas de Google Maps — exigence posée dès le départ. Réapproprie-toi tes outils de production : ça vaut pour le journalisme, ça vaut aussi pour tes vacances.

Cet article, tu l’auras compris, a lui-même été écrit avec Claude. Mêmes règles du jeu : les faits sortent d’un dossier source vérifié, le cadrage et les arbitrages restent chez moi. Trois mois de collaboration m’ont laissé une conviction : ces outils valent ce qu’on refuse de leur céder.

Et toi, comment as-tu voyagé cet été ? Une IA dans les valises ? Jusqu’où l’as-tu laissée entrer — les idées d’étapes, l’itinéraire, les réservations de chambres, le paiement ?…

Raconte-moi en commentaire où toi tu places la frontière.