Le 1er juillet 2026, Sony a annoncé la fin de la production de disques pour tous les nouveaux jeux PlayStation à partir de janvier 2028. La même semaine, le même Sony a notifié à ses clients européens que 551 films et séries allaient disparaître le 1er septembre de leurs bibliothèques vidéo — y compris ceux qu'ils avaient achetés. Deux annonces distinctes, un seul basculement : la disparition du support physique change la nature de ce qu'on appelle encore « acheter ».
Ce qu'on possède quand on clique sur « acheter »
Un achat numérique n'octroie pas une propriété : il octroie une licence d'usage. Cette licence dépend de la survie du service, du maintien du compte, et d'accords commerciaux entre entreprises sur lesquels l'acheteur n'a aucune prise. La démonstration vient de Sony lui-même. Dans sa notification officielle aux clients du Royaume-Uni et d'Europe, l'entreprise écrit : « en raison de nos accords de licence de contenu, vous ne pourrez plus accéder à vos contenus Studio Canal achetés précédemment, et ils seront retirés de votre bibliothèque vidéo ».
Parmi les 551 titres concernés, Terminator 2 et Apocalypse Now (Final Cut). Sony n'annonce aucun remboursement ni compensation. Et ce n'est pas une première : en août 2022, un précédent retrait StudioCanal avait déjà effacé 313 titres des bibliothèques allemandes et autrichiennes.
Le même 1er juillet, Sony a annoncé la fermeture par étapes des boutiques en ligne de la PS3 et de la PS Vita, jusqu'à l'extinction générale en juillet 2027. Les contenus déjà achetés y resteront téléchargeables « dans un avenir prévisible », selon les termes de l'annonce — une formulation qui n'engage aucune durée.
Un disque, lui, ne demandait la permission de personne. L'objet acheté portait avec lui un faisceau de droits si évidents qu'on ne les nommait même pas : le prêter à un ami, le revendre, l'offrir, le léguer, le ranger vingt ans et le ressortir. Aucun serveur à maintenir, aucun intermédiaire pour observer ou interdire la transaction. Ces droits ne migrent pas vers la licence numérique : ils s'éteignent avec le support.
Une transition déjà faite — et maintenant verrouillée
Sony ne force pas une transition : il verrouille une transition déjà accomplie. D'après les résultats financiers du groupe, 78 % des jeux complets vendus sur PS4 et PS5 lors de l'exercice fiscal 2025 (avril 2025 – mars 2026) l'ont été en téléchargement, et la part a atteint 85 % au dernier trimestre. L'annonce officielle assume ce mouvement : « les préférences des consommateurs et l'industrie du divertissement au sens large continuent de s'éloigner des disques physiques au profit du numérique » [traduit de l'anglais].
L'industrie n'a pas attendu janvier 2028. Le 24 juin, Rockstar a confirmé que l'édition « physique » de GTA VI sera une boîte contenant un code de téléchargement — pas de disque — pour un jeu attendu le 19 novembre comme l'un des plus gros lancements de l'histoire du divertissement.
L'histoire retiendra une ironie documentée : en 2013, PlayStation publiait une vidéo devenue légendaire, le « mode d'emploi officiel du jeu d'occasion », pour moquer les restrictions anti-occasion de la Xbox One — le mode d'emploi tenait en un geste, tendre le disque à un ami. Treize ans plus tard, leader incontesté du marché, Sony supprime le geste lui-même. Et l'écosystème qui vivait de ce geste avec lui : « C'est un pur monopole que va faire Sony », prévient dans les colonnes de Numerama le commerçant et consultant Thomas Bachellerie — sans distribution physique, plus de revendeurs, plus d'occasion, plus de prix négociés.
Le constat vaut aussi en Belgique, où le support physique pèse encore 25 % des ventes de jeux neufs : « Ça pourrait bel et bien être la fin de certains magasins », prévient David Verbruggen, directeur général de la Video Games Federation Belgium, interrogé par la RTBF.