
Cette bataille diplomatique révèle l'ampleur des enjeux de souveraineté numérique. L'Europe veut réduire sa dépendance aux géants tech américains avec un package de souveraineté technologique prévu ce printemps, incluant des règles de cybersécurité qui pourraient exclure des fournisseurs américains des secteurs critiques. Washington contre-attaque en désignant la Chine comme le vrai adversaire, avec Sean Cairncross martelant qu'il existe 'une stack tech propre, principalement américaine, et une stack tech chinoise'. L'argument américain s'appuie sur une différence de régime : aux États-Unis, 'les données personnelles ne remontent pas automatiquement à l'État', contrairement à la Chine où les entreprises sont légalement tenues de coopérer avec l'espionnage d'État.
"Il s'agit d'identifier quel levier d'influence les pays non-européens peuvent avoir selon la technologie qu'ils fournissent. Ce n'est pas une question d'amitié ou d'hostilité avec tel ou tel pays — c'est reconnaître que nous n'avons actuellement aucun mot à dire sur la façon dont ce levier pourrait être utilisé [traduit de l'anglais]"
— Vincent Strubel, Directeur de l'ANSSI, France
Mais l'Europe ne se laisse pas convaincre : un sondage POLITICO de février montre que plus d'Européens considèrent les États-Unis comme un allié peu fiable que comme un partenaire sûr. Cette méfiance pousse des agences comme l'ANSSI française et la BSI allemande à tester des solutions cloud européennes indépendantes. Vincent Strubel de l'ANSSI résume l'enjeu : éviter d'être soumis à des règles décidées ailleurs, quel que soit le pays. Ce qui se joue ici dépasse la simple question technologique : c'est la capacité de l'Europe à définir ses propres règles du jeu numérique.
Points de vigilance
Risque de protectionnisme déguisé en souveraineté, et de solutions européennes moins performantes que les alternatives globales existantes
Et maintenant ?
- 🤘 Créer une certification européenne indépendante pour l'infrastructure critique
Alliance régulateurs européens + acteurs industriels pour définir des critères techniques transparents d'indépendance opérationnelle. Échapper aux fausses alternatives Pékin/Washington en créant un standard européen auditable qui évalue la réelle autonomie des systèmes, pas leur origine géographique.
→ On saura que ça marche quand les géants tech américains et chinois adapteront leurs architectures aux critères européens plutôt que de contourner les règles
- 🤘 Développer des coalitions d'achat public européen pour l'infrastructure souveraine
Coordonner les achats publics de 27 États membres pour créer un marché européen viable aux alternatives locales. Utiliser le levier de commande publique (cloud, IA, télécoms) pour financer l'émergence d'acteurs européens compétitifs sans subventions directes.
→ On saura que ça marche quand des entreprises tech européennes atteindront une taille critique grâce aux commandes publiques coordonnées, créant une alternative crédible aux oligopoles
- 💪 Auditer et documenter publiquement les dépendances technologiques critiques
Collectivités, administrations et entreprises peuvent cartographier et publier leurs dépendances aux infrastructures étrangères. Créer une transparence sur les points de vulnérabilité géopolitique pour éclairer les choix citoyens et forcer l'accountability des décideurs.
→ On saura que ça marche quand les citoyens pourront consulter en ligne les dépendances tech de leur ville, région ou service public, créant une pression démocratique sur les choix d'infrastructure
8/10 : Score sur l'échelle des "5 piliers de la liberté", inspiré de l'ouvrage de Timothy Snyder

Ces pistes ne sont pas des recettes toutes faites, mais des points d'entrée pour repenser nos systèmes numériques selon une logique de liberté positive : non pas limiter, mais augmenter nos capacités collectives d'action.
Si tu connais des exemples réels qui vont dans ce sens — ou des contre-exemples qui méritent d'être documentés — partage-les en commentaires et discutons-en ensemble sur Discord !


