Trois ans sans alcool : ce que la sobriété m'a appris

Ce 1er avril, cela fera trois ans que je n'ai plus bu une goutte d'alcool. Ce n'est pas une blague. Juste un constat tranquille : c'est une des meilleures décisions que j'ai prises pour moi-même.

1 avr. 2026
Trois ans sans alcool : ce que la sobriété m'a appris
Photo by Wil Stewart / Unsplash

Je n'étais pas l'ivrogne du coin. Pas de cuite tous les soirs, pas de bouteille au réveil. Mon problème était plus insidieux — et c'est justement ce qui le rendait difficile à nommer. Ce qui m'épuisait, c'était l'énergie qu'il me fallait déployer pour ne pas boire un verre de plus, et puis un dernier, et puis allez encore un, quand je faisais la fête. Et que les occasions de célébrer ne manquait pas. Et que si elles venaient à manquer, il suffisait de les inventer.

Comme un thermostat cassé qu'il fallait régler à la main, à chaque fois.

Alors à un moment, j'ai simplement décidé d'éteindre le chauffage.

Trois ans plus tard, voici ce que j'en retire.

L'abstinence fait peur. Et c'est précisément cette peur qui devrait interroger. Quand l'idée même de faire la fête sans une substance semble inconcevable, c'est le signe le plus clair que la relation a dépassé l'usage.

On n'est pas faits pareil. Chez certains, la modération est un réflexe. Chez moi, elle ne l'a jamais été. Dans mes passions, dans mon boulot, dans mes amours : je ne sais pas faire les choses à moitié. C'est une force autant qu'une fragilité. Avec l'alcool, cette absence de demi-mesure devenait une petite musique usante, médiocre, pas inspirante pour un sous mais qu'on pousse quand même un peu plus fort parce que "à fond nondedieu ! ". Reconnaître ça, c'est déjà s'offrir le droit de choisir autrement.

L'alcool est un problème de société, pas un problème de personne. Depuis que j'ai arrêté, je ne compte plus les gens qui sont venus me trouver en me disant. « Moi aussi, je me pose des questions. » « Tu crois que j'ai un problème ? » « Comment tu fais en soirée ? » Il y a un malaise collectif, étouffé sous les tournées et les mines/murges dont on meuble les conversations quand on n'a pas grand chose d'autres à se dire. On le sent partout — dans les rédactions, dans les événements professionnels, dans les clubs sportifs, dans les repas de famille.

Le mythe de l'alcool joyeux est une arnaque. On associe l'alcool à la fête, à la liberté, à la camaraderie. On pourrait tout aussi bien l'associer aux maux de tête, aux yeux vitreux, à l'agressivité et à cette lourdeur caractéristique des gens imbibés qui se croient brillants. Comme lubrifiant social, l'alcool ajoute à la convivialité. Mais c'est aussi le plus grand désinhibiteur à conneries débitées au mètre carré. Et tant pis si cela fait de moi quelqu'un de chiant à vos yeux, comme à ceux de Lea Salamé, d'ailleurs.

Arrêter l'alcool n'est pas incompatible avec le fait de sociabiliser. Je ne regrette aucune de mes guindailles, aucun de mes jeudregin, aucune de mes troisième mi-temps. Je sais juste maintenant exactement à quel moment il est temps pour moi de rentrer. Et c'est très bien comme ça.

Arrêter de boire, ce n'est pas arrêter de vivre. J'ai choisi de ne plus boire d'alcool, pas de me condamner à l'eau plate et au Coca. En trois ans, l'offre sans alcool a explosé. Je goûte tous les mois de nouvelles bières, de nouveaux gins, je réclame des accords mets-pas-vin au resto ... Le plaisir de la dégustation n'a pas disparu — il s'est juste débarrassé de ce qui l'empoisonnait. C'est un détail, mais il compte : la sobriété n'est pas une punition, c'est un choix qui m'est rendu de plus en plus facile à vivre. Je n'ai pas l'impression de me priver de quoi que ce soit, et surtout pas de me faire plaisir. Que du contraire.

L'alcool est dépressogène. En l'arrêtant, j'ai vu remonter mon humeur, de base. Le sommeil est redevenu réparateur. J'adore ce que je fais de ma vie et pouvoir y consacrer une énergie plus constante me ravit. Et j'ai appris à ponctuer mes succès, et mes deuils, autrement qu'en ouvrant une bonne bouteille.

Un alignement, pas un exploit.  J'ai arrêté la cigarette il y a sept ans, l'alcool il y a trois. J'explore dans mon boulot des pistes résilience et de sobriété avec le numérique. Ce n'est pas une collection de médailles mais un alignement progressif. Chacun sa route. Celle-ci fait sens pour moi.

Être sobre, ce n'est pas une condition physique mais état d'esprit. C'est une manière d'être là, entier, sans filtre et sans béquille. Ce n'est pas spectaculaire. C'est juste être clair et un peu plus libre. Hic et Nunc. No Matter What.

Je ne dis pas que tout le monde doit arrêter. Et je serais bien le dernier à vouloir imposer quoi que ce soit à quiconque. Mais si tu te poses la question, il y a fort à parier que tu connais déjà la réponse.

Alors je te donne ce que d'autres m'ont donné avant moi : tous mes encouragements et une oreille attentive et bienveillante si tu souhaites en discuter.