Belgique: Faire naître un Conseil citoyen à la place du Sénat

En Belgique, l'accord Arizona prévoit la suppression du Sénat en 2029. Le collectif G1000, qui milite pour la démocratie délibérative, propose via une pétition officielle d'y faire naître et vivre à la place une assemblée citoyenne tirée au sort.

12 mai 2026
Belgique: Faire naître un Conseil citoyen à la place du Sénat

Lundi 11 mai 2026, place de la Monnaie à Bruxelles, le G1000 a installé un hémicycle éphémère pour lancer publiquement une initiative citoyenne déposée le 17 avril devant la Chambre des représentants.

« Votre voix mérite un siège ». La demande tient en une ligne : créer un Conseil citoyen permanent, composé de personnes tirées au sort, qui travaille en parallèle de la Chambre des élus.

L'horizon du dossier est connu : l'abolition du Sénat est inscrite dans l'accord de gouvernement Arizona, avec une échéance fixée à 2029 — d'après l'interview d'Adélaïde Charlier sur RTBF Matin Première. Deux options structurent le débat public : conserver le Sénat tel qu'il est (un statu quo difficile à défendre), ou le supprimer (la voie portée par De Wever).

Le G1000 propose une troisième voie : laisser mourir le Sénat dans sa forme actuelle, et faire naître à sa place une assemblée délibérative composée de citoyens tirés au sort. Codirectrice de l'association, Adélaïde Charlier a formulé l'enjeu : « On doit renforcer notre boîte à outils démocratique. »

Une troisième voie crédible ?

Cinquante citoyens tirés au sort — 28 Flamands, 14 Wallons, 6 Bruxellois — délibèrent une fois par an sur un sujet substantiel ; leurs recommandations sont transmises au Parlement et alimentent le débat politique et les agendas législatifs. Budget annoncé : 350 000 € par an, soit l'équivalent de trois salaires de sénateurs cooptés.

Le précédent n'est pas hypothétique. Depuis 2019, la Communauté germanophone fait fonctionner un dialogue citoyen permanent en lien avec son parlement régional. À l'échelle internationale, la pétition cite l'Irlande, la France et le Danemark comme exemples d'États ayant intégré des dispositifs de tirage au sort à leur architecture politique. La technologie est éprouvée. Ce qui manque, en Belgique fédérale, c'est la décision de l'inscrire dans le droit.

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Le tirage au sort fait ce que l'élection ne sait plus faire

L'élection produit des représentants qui ressemblent peu à la population qui les a choisis. Le tirage au sort produit des assemblées dont la composition reflète mécaniquement la diversité du corps social, pour autant que la sélection soit correctement stratifiée. Les deux dispositifs ne s'opposent pas ; ils ne traitent pas le même problème.

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L'assemblée tirée au sort introduit aussi un facteur que les structures partisanes n'aiment pas : de l'imprévisibilité. Les sujets mis à l'agenda par 50 citoyens informés, délibérant pendant plusieurs jours sur la base de dossiers documentés, ne suivent pas les lignes de fracture des partis. Cela ouvre les angles morts du débat politique professionnel — climat, fin de vie, transition fiscale, éthique des technologies — qui sont précisément les sujets que les partis évitent par stratégie électorale.

C'est là le geste politique du G1000 : ajouter un outil, pas remplacer la représentation. La démocratie représentative reste, mais elle ne dispose plus du monopole de la formulation des problèmes.

Ceci étant dit, les recommandations seront « transmises » au Parlement, pas imposées — le précédent de la Convention citoyenne française pour le climat a montré ce qu'il advient des délibérations sans calendrier contraignant ni obligation de réponse motivée.

Le modèle germanophone fonctionne par ailleurs sur une communauté beaucoup plus modeste, et 50 citoyens délibérant une fois l'an sur un sujet, c'est peu face au volume du travail parlementaire fédéral.

Enfin, le tirage au sort règle la question de qui décide, pas celle de qui auditionne, rédige les dossiers et formule les questions — points où les conventions citoyennes étrangères ont développé des protocoles d'équilibrage qui mériteraient d'être inscrits dans la proposition belge.

Pourquoi signer ?

Aucune de ces zones d'incertitude ne disqualifie l'initiative. Ce sont des points d'amélioration, pas des objections de fond. La question politique réelle, c'est de savoir si on choisit, en 2026, d'élargir l'outillage démocratique ou de le rétrécir. L'accord Arizona rétrécit en supprimant le Sénat sans rien lui substituer ; le G1000 propose d'élargir.

Le seuil à franchir est concret : 25 000 signatures avant le 4 mai 2028, réparties par région (8 000 en Wallonie, 2 500 à Bruxelles, 14 500 en Flandre). L'enjeu n'est pas symbolique. Une démocratie qui ne tire au sort plus aucun de ses organes décisionnels se prive d'un mécanisme dont l'histoire est plurimillénaire et qui, dans ses applications contemporaines, a produit sur des sujets complexes des décisions plus représentatives que la confrontation partisane.

Le geste se résume : signer, et continuer à pousser pour que le dispositif final soit contraignant, capable de monter en échelle et protégé contre la capture.