Capital contre travail : l'IA redistribue les cartes du pouvoir économique

L'économiste David Autor prédit que l'IA augmentera les métiers cognitifs moyens mais dévaluera le travail non-expert, creusant les inégalités. Sa solution : distribuer la propriété du capital plutôt que des revenus.

19 janv. 2026
Capital contre travail : l'IA redistribue les cartes du pouvoir économique
How The ‘AI Job Shock’ Will Differ From The ‘China Trade Shock’ | NOEMA
What matters in the AI economy is the applicable value of labor.

L'analyse de David Autor révèle une asymétrie fondamentale : tandis que les professions intermédiaires (infirmiers, designers) verront leur valeur augmenter grâce à l'accès à l'expertise par l'IA, quatre emplois sur cinq créés aux États-Unis relèvent du secteur des services non-experts (aide à domicile, sécurité, restauration).

"La clé n'est pas la quantité d'emplois, mais la valeur du travail, qui signifie vraiment la valeur de l'expertise humaine et la mesure dans laquelle l'IA peut l'améliorer, ou pas [traduit de l'anglais]"

— David Autor, Économiste, MIT

Ces métiers, impossibles à automatiser mais non-augmentables par l'IA, verront leur rémunération chuter par effet de concurrence. Contrairement au choc commercial chinois, localisé géographiquement et industriellement, l'IA transformera le travail de manière diffuse sans éliminer d'industries entières. Le véritable enjeu systémique réside dans la capture des gains de productivité : ils iront massivement au capital (propriétaires des robots) plutôt qu'au travail.

"Les gens qui ont une voix dans les démocraties sont ceux qui sont vus comme des contributeurs économiques. Si la propriété du capital est plus diffuse, alors tout le monde est un contributeur [traduit de l'anglais]"

— David Autor, Économiste, MIT

Face à cette dynamique, Autor propose le « capital de base universel » plutôt que le revenu universel, permettant à chacun de détenir une part de l'économie IA. Cette redistribution de la propriété, plus que des revenus, garantirait une voix démocratique aux citoyens en tant que contributeurs économiques.

Points de vigilance : Risque que le capital de base universel reste cosmétique si les montants sont dérisoires face aux gains de l'IA, ou qu'il serve d'alibi pour accepter la précarisation massive.

7/10 : Score sur l'échelle des "5 piliers de la liberté", inspiré de l'ouvrage de Timothy Snyder
Framework #FLTR — Note méthodologique
Protocole de production et de publication dont la ligne éditoriale est codée dans l’ADN-même du projet. Cette architecture auto-apprenante transforme une intention humaine en contraintes techniques, imposées tant aux outils d’intelligence artificielle qu’aux humains qui les entrainent, et vice-versa

Et maintenant ?

🤘 Créer des coalitions syndicats-coopératives pour la propriété partagée de l'IA

Allier mouvements syndicaux et économie sociale pour négocier collectivement l'accès aux outils d'IA et créer des fonds de propriété partagée. Utiliser la force de négociation des travailleurs pour obtenir des parts dans les entreprises qui automatisent leurs postes.

→ On saura que ça marche quand les accords collectifs incluront systématiquement des clauses de propriété partagée en cas d'automatisation.

🤘 Construire des alliances municipalités-citoyens pour des fonds publics d'investissement IA

Mobiliser les collectivités locales pour créer des fonds d'investissement citoyens dans les entreprises d'IA implantées sur leur territoire. Transformer la fiscalité locale en levier de propriété partagée des gains technologiques.

→ On saura que ça marche quand les municipalités conditionneront leurs aides aux entreprises tech à l'attribution de parts citoyennes dans les bénéfices.

💪 Mutualiser l'épargne individuelle dans des coopératives d'investissement IA

Regrouper son épargne avec d'autres citoyens dans des véhicules coopératifs qui investissent spécifiquement dans les entreprises d'IA, créant un contre-pouvoir aux fonds d'investissement traditionnels et démocratisant l'accès aux gains de l'automatisation.

→ On saura que ça marche quand les coopératives d'épargne citoyenne représenteront plus de 5% du capital des principales entreprises d'IA.


Ces pistes ne sont pas des recettes toutes faites, mais des points d'entrée pour repenser nos systèmes numériques selon une logique de liberté positive : non pas limiter, mais augmenter nos capacités collectives d'action.

Si tu connais des exemples réels qui vont dans ce sens — ou des contre-exemples qui méritent d'être documentés — partage-les en commentaires et discutons-en ensemble sur Discord !

Cinq piliers pour prendre soin de nos libertés numériques