
Ce qui ressort de ce discours de Cory Doctorow au Chaos Communications Congress, c'est un changement radical de perspective stratégique. Après 25 ans de « guerre contre l'informatique généraliste », l'activiste de l'Electronic Frontier Foundation identifie dans le chaos trumpien une fenêtre d'opportunité inattendue : l'émergence d'un « Internet post-américain ».
Dans les faits, Doctorow observe que l'hostilité de Trump envers les institutions traditionnelles crée paradoxalement les conditions d'une décentralisation numérique mondiale. Son analyse révèle comment les coalitions politiques transforment les rapports de force technologiques : de même que Trump a mobilisé une alliance hétéroclite (milliardaires, nationalistes, conspirationnistes), la résistance numérique peut désormais s'appuyer sur de nouveaux alliés.
L'article ne précise pas encore les contours exacts de ces coalitions émergentes, mais suggère qu'elles dépassent le cercle traditionnel des défenseurs des droits numériques. Cette approche systémique tranche avec les stratégies défensives habituelles : plutôt que de résister aux dégâts, il s'agit de « récupérer quelque chose des décombres ». Bref, Doctorow transforme une crise géopolitique en levier de souveraineté technologique globale.
Points de vigilance : Risque de sous-estimer les capacités de récupération du système américain et de confondre opportunisme tactique avec transformation structurelle
8/10 : Score sur l'échelle des "5 piliers de la liberté", inspiré de l'ouvrage de Timothy Snyder

Et maintenant ?
Face à ces enjeux, plusieurs pistes d'action systémique se dessinent.
🤘 Créer des infrastructures numériques européennes souveraines qui échappent aux juridictions américaines.
L'intuition de Doctorow sur le « moment post-américain » pourrait se concrétiser par des alliances techno-politiques entre États européens, organisations de la société civile et développeurs de logiciels libres. On pourrait imaginer un « Digital Non-Alignment Movement » : des pays et régions qui décident collectivement de développer leurs propres protocoles, leurs propres clouds, leurs propres réseaux sociaux fédérés. La coalition inclurait naturellement les défenseurs des droits numériques, mais aussi les gouvernements soucieux de souveraineté, les entreprises européennes qui veulent échapper au duopole GAFAM, et même certains acteurs économiques américains hostiles au protectionnisme trumpien.
On saura que ça marche quand des accords intergouvernementaux européens financeront massivement des alternatives libres aux GAFAM, et quand ces outils atteindront une adoption grand public significative.
💪 Transformer les tensions géopolitiques en accélérateur de décentralisation technique.
Le chaos trumpien crée des incitations économiques nouvelles : si les entreprises américaines deviennent des partenaires moins fiables, les alternatives décentralisées gagnent en attractivité. Une stratégie consisterait à documenter et amplifier chaque cas où les politiques américaines pénalisent leurs propres entreprises tech, créant des opportunités pour les protocoles ouverts et les solutions fédérées. Les coalitions mobiliseraient les victimes économiques du protectionnisme numérique américain, les développeurs frustrés par les restrictions d'export, et les utilisateurs lassés de l'instabilité politique qui se répercute sur leurs outils.
On saura que ça marche quand les investissements privés vers les protocoles décentralisés augmenteront significativement après chaque nouvelle restriction commerciale américaine, et quand des entreprises mondiales adopteront massivement ces alternatives pour réduire leur exposition géopolitique.
✊ Institutionnaliser une gouvernance internet multipolaire qui dépasse le modèle américano-centré.
L'approche de Doctorow suggère de saisir cette période de faiblesse relative des États-Unis pour redéfinir les règles du jeu global. Concrètement, cela passerait par le renforcement d'organismes de gouvernance internet non-américains, le développement de standards techniques alternatifs, et la création de jurisprudences nationales qui protègent les citoyens des décisions unilatérales américaines. La coalition rassemblerait les pays du Sud global, l'Union européenne, les organisations internationales, et même certains États américains en désaccord avec les politiques fédérales.
On saura que ça marche quand des accords internationaux sur la gouvernance internet seront signés sans participation américaine, et quand des standards techniques non-américains commenceront à s'imposer dans des secteurs clés.
Ces pistes ne sont pas des recettes toutes faites, mais des points d'entrée pour repenser nos systèmes numériques selon une logique de liberté positive : non pas limiter, mais augmenter nos capacités collectives d'action.
Si tu connais des exemples réels qui vont dans ce sens — ou des contre-exemples qui méritent d'être documentés — partage-les en commentaires et discutons-en ensemble sur Discord !
Cinq piliers pour prendre soin de nos libertés numériques


