Danemark: les médias en front uni défient les Big Tech

99% des médias danois s'unissent dans un collectif pour négocier avec les géants tech. Google paie mais marchande, Apple fuit, Meta ignore. Avec la présidence UE du Danemark, ce modèle pourrait inspirer l'Europe entière.

2 janv. 2026
Danemark: les médias en front uni défient les Big Tech
Photo de Adrian Cuj sur Unsplash
Inside Denmark’s strategy to front run Europe on Big Tech deals
#430: Apple’s been referred to the police, Meta and TikTok faces fines the size of Bahrain’s GDP and OpenAI and LinkedIn are headed to court…

Ce qui ressort de cette initiative danoise, c'est une stratégie de coalition quasi-totale : 99% des médias du pays, des start-ups digitales aux géants historiques, unis dans un seul bloc de négociation face aux plateformes. Dans les faits, on observe que cette approche collective génère des tensions majeures - Google accepte de payer mais négocie les prix, Apple News ferme brutalement ses portes, Meta refuse même de fournir un contact juridique et ignore les emails.

L'initiative casse un cercle vicieux classique : l'isolement des éditeurs face aux plateformes, qui peuvent diviser pour régner en négociant séparément avec chaque média. En créant un monopole de négociation côté contenu, le Danemark inverse le rapport de force. Karen Rønde, qui dirige le collectif DPCMO, l'assume clairement : ce n'est pas juste une question de survie économique, mais de démocratie et d'information fiable.

Le timing est stratégique : le Danemark préside actuellement l'UE, et cette expérience est observée de près par les 27 États membres comme modèle potentiel. On voit bien que les réactions violentes des plateformes (fermetures, refus de contact, amendes équivalant au PIB du Bahreïn) révèlent l'efficacité du levier utilisé. Pour l'heure, les données montrent un succès partiel : certaines plateformes cèdent, d'autres résistent ou fuient, mais aucune ne peut ignorer complètement le bloc danois.

Points de vigilance : Risque de corporatisme médiatique qui protège les acteurs établis au détriment de nouveaux entrants. Danger que le collectif devienne un oligopole de l'information. Possibilité que certaines plateformes contournent en privilégiant d'autres sources de contenu.

8/10 : Score sur l'échelle des "5 piliers de la liberté", inspiré de l'ouvrage de Timothy Snyder
Framework: Les 5 piliers de la Liberté
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Et maintenant ?

Face à ces enjeux, plusieurs pistes d'action systémique se dessinent.

🤘 Créer un réseau européen de collectifs nationaux inspiré du modèle danois.

Plutôt que d'attendre une harmonisation européenne complexe, chaque pays pourrait développer son propre collectif de médias sur le modèle danois, puis interconnecter ces collectifs en réseau. Cette approche permettrait de conserver la flexibilité nationale tout en créant un contre-pouvoir continental. La présidence danoise de l'UE offre une fenêtre d'opportunité unique pour semer ces initiatives et créer une contagion positive entre États membres. Les plateformes se retrouveraient face à un puzzle de négociations nationales coordonnées, plus difficile à contourner qu'un grand bloc européen monolithique.

On saura que ça marche quand d'autres pays européens annonceront des collectifs similaires dans les 12 prochains mois, et quand les plateformes commenceront à développer des stratégies de négociation spécifiquement européennes plutôt que globales.

💪 Développer une infrastructure technique commune de négociation et de monitoring.

Le collectif danois pourrait partager son savoir-faire opérationnel - outils de négociation, métriques de valorisation du contenu, systèmes de répartition - avec d'autres initiatives similaires. Cette mutualisation technique créerait un standard de facto pour les négociations média-plateformes, réduisant les coûts d'entrée pour d'autres collectifs et accélérant leur émergence. L'objectif serait de transformer l'expérience danoise en commun numérique réutilisable, évitant que chaque pays reinvente la roue.

On saura que ça marche quand des outils de négociation open source émergeront, et quand des formations ou des consultations danoises seront sollicitées par d'autres pays européens pour reproduire le modèle.

Exploiter le statut de laboratoire européen pour influencer la réglementation continentale.

Avec sa présidence UE, le Danemark peut transformer son expérience conflictuelle avec les plateformes en arguments concrets pour durcir le Digital Services Act et le Digital Markets Act. Les cas de Meta refusant tout contact juridique ou d'Apple fermant brutalement ses services deviennent des preuves tangibles de l'abus de position dominante. Cette documentation des comportements platform pourrait alimenter des évolutions réglementaires qui rendraient obligatoire la négociation avec les collectifs de médias.

On saura que ça marche quand des amendements aux réglementations européennes mentionneront explicitement les droits des collectifs de médias, et quand d'autres présidences UE reprendront cette approche dans leurs priorités.


Ces pistes ne sont pas des recettes toutes faites, mais des points d'entrée pour repenser nos systèmes numériques selon une logique de liberté positive : non pas limiter, mais augmenter nos capacités collectives d'action.

Si tu connais des exemples réels qui vont dans ce sens — ou des contre-exemples qui méritent d'être documentés — partage-les en commentaires et discutons-en ensemble sur Discord !

Cinq piliers pour prendre soin de nos libertés numériques