E-démocratie suisse : quand la confiance publique freine l'innovation sécurisée

Un expert du C4DT-EPFL explique pourquoi la Suisse rejette des technologies plus sûres : les citoyens craignent le contrôle alors que l'e-ID préserve mieux la vie privée que le papier.

19 janv. 2026
E-démocratie suisse : quand la confiance publique freine l'innovation sécurisée

https://c4dt.epfl.ch/digitalization-doesnt-mean-being-connected-or-controlled/

La Suisse vient d'accepter de justesse l'e-ID (50,39% des voix), mais ce résultat serré révèle un paradoxe troublant : les citoyens rejettent massivement des solutions numériques objectivement plus sécurisées que leurs équivalents papier. L'exemple de l'app de traçage Covid illustre cette résistance irrationnelle : techniquement excellente, décentralisée, sans surveillance possible, elle a été boudée par peur d'un contrôle imaginaire.

Imad Aad, expert au Centre de Confiance Numérique de l'EPFL, pointe une asymétrie cognitive frappante : on utilise l'e-banking depuis trente ans sans vote démocratique, mais on refuse l'e-ID par méfiance viscérale du secteur public. Pourtant, l'identité numérique suisse stocke les données sur le téléphone de l'utilisateur, sans compte centralisé, permettant même la preuve cryptographique d'attributs (majorité) sans révéler les données sous-jacentes (date de naissance).

Cette tension révèle un enjeu systémique : comment construire la confiance démocratique dans des systèmes techniques complexes ? La solution ne réside pas dans la simplification, mais dans la régulation, l'audit et la standardisation — les mêmes mécanismes qui nous font boire l'eau du robinet sans connaître le processus de filtration.

Points de vigilance : Risque de techno-solutionnisme si la cryptographie devient la réponse universelle aux problèmes de confiance, sans traiter les causes sociales et politiques de la méfiance démocratique.

7/10 : Score sur l'échelle des "5 piliers de la liberté", inspiré de l'ouvrage de Timothy Snyder
Framework #FLTR — Note méthodologique
Protocole de production et de publication dont la ligne éditoriale est codée dans l’ADN-même du projet. Cette architecture auto-apprenante transforme une intention humaine en contraintes techniques, imposées tant aux outils d’intelligence artificielle qu’aux humains qui les entrainent, et vice-versa

Et maintenant ?

🤘 Créer des labs de démocratie numérique associant citoyens et chercheurs

Reproduire le modèle C4DT dans d'autres démocraties européennes : espaces neutres où citoyens, régulateurs et chercheurs co-construisent les outils démocratiques numériques. L'effet de levier vient de la légitimité par la participation directe, cassant la logique 'experts vs peuple' qui alimente la méfiance.

→ On saura que ça marche quand les référendums sur les outils numériques publics passeront avec des majorités claires (>65%) grâce à la co-construction préalable.

🤘 Standardiser l'audit public des systèmes démocratiques numériques

Établir des protocoles d'audit technique transparents et reproductibles pour tous les outils d'e-démocratie, sur le modèle de la certification des systèmes bancaires. Coalition entre auditeurs techniques, ONG de transparence et institutions démocratiques pour créer un label de confiance reconnu.

→ On saura que ça marche quand les citoyens feront confiance aux outils numériques publics autant qu'aux systèmes bancaires privés.

💪 Exiger la cryptographie vérifiable dans ses interactions administratives

Demander systématiquement aux administrations locales si leurs outils numériques permettent la vérification cryptographique (signatures, preuves sans révélation). Cette pression citoyenne individuelle crée un effet d'entraînement : plus on demande, plus les administrations devront s'équiper ou justifier leurs lacunes.

→ On saura que ça marche quand la vérifiabilité cryptographique deviendra un critère standard d'évaluation des services publics numériques.


Ces pistes ne sont pas des recettes toutes faites, mais des points d'entrée pour repenser nos systèmes numériques selon une logique de liberté positive : non pas limiter, mais augmenter nos capacités collectives d'action.

Si tu connais des exemples réels qui vont dans ce sens — ou des contre-exemples qui méritent d'être documentés — partage-les en commentaires et discutons-en ensemble sur Discord !

Cinq piliers pour prendre soin de nos libertés numériques