
Ce bilan annuel de l'EFF révèle une stratégie médiatique remarquablement cohérente : transformer chaque intervention publique en levier éducatif sur les enjeux de liberté numérique. Avec des milliers d'apparitions médiatiques, l'organisation ne se contente pas de défendre juridiquement nos droits – elle construit un narratif public autour de trois fronts critiques.
Le premier front concerne la surveillance de proximité. Les lecteurs automatiques de plaques d'immatriculation et les caméras de sonnette privées mobilisées par la police dessinent un maillage de surveillance quotidienne particulièrement insidieux. L'EFF documente comment ces technologies banalisées créent un panopticon de quartier, où chaque déplacement devient traçable sans mandat ni soupçon préalable.
Le deuxième front révèle la militarisation numérique des frontières. Les trois procès contre le gouvernement fédéral – partage illégal de données personnelles, révocation arbitraire de passeports, pression sur les app stores pour supprimer les applications de suivi d'ICE – exposent comment l'État contourne les protections constitutionnelles via des mécanismes techniques. La « factualité » devient cruciale quand le gouvernement peut effacer numériquement votre existence légale.
Le troisième front porte sur la censure par vérification d'âge. Ces lois prolifèrent sous couvert de protection des mineurs, mais constituent en réalité des infrastructures de surveillance généralisée. Chaque citoyen doit prouver son identité pour accéder à l'information, transformant l'anonymat en privilège révocable. L'EFF comprend que ces batailles locales préfigurent des basculements systémiques globaux.
Points de vigilance : Risque de réduire la liberté numérique à des enjeux techniques plutôt que politiques, ou de présenter l'EFF comme unique acteur légitime de résistance
7/10 : Score sur l'échelle des "5 piliers de la liberté", inspiré de l'ouvrage de Timothy Snyder

Et maintenant ?
Face à ces enjeux, plusieurs pistes d'action systémique se dessinent.
🤘 Créer un réseau européen de « médiateurs numériques » inspiré du modèle EFF, mais adapté aux spécificités institutionnelles locales.
L'EFF démontre que la bataille se gagne autant dans les médias que devant les tribunaux. En Europe, on pourrait imaginer des coalitions réunissant des juristes spécialisés, des journalistes tech et des élus locaux pour créer un contre-narratif systématique sur chaque déploiement de technologie de surveillance. Ces médiateurs développeraient une expertise commune sur les angles d'attaque juridiques ET communicationnels, transformant chaque controverse locale en opportunité d'éducation publique. Le modèle pourrait s'appuyer sur les structures existantes comme La Quadrature du Net en France, mais en professionnalisant davantage l'interface médiatique.
On saura que ça marche quand les médias mainstream contacteront systématiquement ces médiateurs avant tout article sur la surveillance urbaine, et quand les élus locaux hésiteront avant d'adopter des technologies controversées par peur du « bad buzz ».
💪 Développer des « observatoires de la surveillance locale » citoyens qui cartographient et documentent en temps réel les déploiements technologiques dans nos villes.
L'EFF réagit aux initiatives gouvernementales, mais on pourrait inverser la logique : anticiper et documenter AVANT que les systèmes soient installés. Ces observatoires combineraient veille technologique, analyse juridique et mobilisation citoyenne. Ils créeraient des bases de données publiques sur les contrats de surveillance urbaine, les performances réelles des systèmes (vs promesses marketing) et les recours possibles. L'objectif : transformer chaque citoyen en « sentinelle » capable de reconnaître et questionner les nouvelles infrastructures de surveillance.
On saura que ça marche quand les entreprises de surveillance intégreront systématiquement le « risque citoyen » dans leurs business plans, et quand les collectivités consulteront ces observatoires avant leurs appels d'offres.
✊ Construire des « sanctuaires numériques » territoriaux où les collectivités s'engagent contractuellement à refuser certaines technologies de surveillance.
Inspiré des « sanctuary cities » américaines, ce mouvement créerait des zones géographiques où l'anonymat reste possible. Ces territoires développeraient des alternatives : WiFi municipal sans tracking, services publics accessibles sans identification biométrique, espaces urbains « low-tech » assumés. L'idée n'est pas l'opposition systématique à la technologie, mais la création d'espaces de respiration où d'autres choix restent possibles. Ces sanctuaires deviendraient des laboratoires d'innovation sociale et des refuges pour qui veut échapper temporairement à la surveillance généralisée.
On saura que ça marche quand des citoyens choisiront explicitement leur lieu de résidence en fonction de ces critères, et quand émergeront des « corridors » de mobilité entre sanctuaires numériques.
Ces pistes ne sont pas des recettes toutes faites, mais des points d'entrée pour repenser nos systèmes numériques selon une logique de liberté positive : non pas limiter, mais augmenter nos capacités collectives d'action.
Si tu connais des exemples réels qui vont dans ce sens — ou des contre-exemples qui méritent d'être documentés — partage-les en commentaires et discutons-en ensemble sur Discord !
Cinq piliers pour prendre soin de nos libertés numériques


