
La FCC, sous la direction de Brendan Carr, a ouvert une procédure de renouvellement anticipé des licences de diffusion des huit affiliées locales d'ABC — une démarche sans précédent dans l'histoire de l'agence. Le prétexte invoqué : une prétendue violation de la règle d'égalité du temps d'antenne lors de l'apparition de James Talarico, candidat démocrate au Sénat du Texas, dans l'émission The View en février 2026. Problème : The View bénéficie d'une exemption formelle à cette règle depuis 2002, exemption que Carr connaît et ignore délibérément.
"The View bénéficie d'accords très clairs avec la FCC qui l'exemptent de cette règle depuis 2002. Carr le sait. Mais il a quand même affirmé à tort que The View avait violé la loi. [traduit de l'anglais]"
— Karl Bode, Journaliste, Techdirt
La mécanique est documentée dans les dépôts réglementaires : Carr aurait coordonné son action avec des affiliées de diffusion proches de la droite pour construire l'apparence d'une infraction là où il n'y en a pas. L'objectif n'est pas juridique — le dossier est décrit comme particulièrement faible — mais politique : créer une pression suffisante pour que les médias s'autocensurent plutôt que de s'exposer à des procédures coûteuses.
Ce qui distingue cet épisode des précédents, c'est la réponse d'ABC. Plutôt que de négocier discrètement — comme lors du règlement de 15 millions de dollars versés à la présidence pour clore une autre procédure — la chaîne a diffusé des spots publicitaires appelant ses téléspectateurs à déposer des commentaires publics auprès de la FCC. Deux dossiers sont ouverts : l'enquête sur The View (dossier 26-124) et le défi de renouvellement de licence (dossier 26-131), avec des échéances échelonnées jusqu'au 5 août 2026.
L'enjeu dépasse ABC : si une agence fédérale peut menacer les licences de diffusion sur la base d'accusations fabriquées, le mécanisme de régulation devient un levier de contrôle éditorial. La mobilisation du public comme contre-poids à ce type de pression réglementaire constitue un précédent à observer.
Points de vigilance
La mobilisation du public auprès de la FCC peut être inondée de commentaires coordonnés en sens inverse — l'article le signale explicitement. Par ailleurs, ABC reste un acteur commercial dont la résistance dépend de calculs économiques et politiques, pas d'un engagement de principe. La solidité juridique du dossier Carr ne garantit pas l'issue réglementaire si la pression politique persiste.
Et maintenant ?
- 🤘 Fédérer les médias indépendants autour d'un dépôt collectif de commentaires FCC
Plusieurs médias exposés à des pressions réglementaires similaires pourraient coordonner leurs dépôts de commentaires publics auprès de la FCC pour créer un front commun documenté. Une coalition médias + associations de défense de la presse libre + juristes spécialisés en droit des médias rendrait chaque procédure individuelle plus coûteuse politiquement pour l'agence. L'effet de levier : transformer des procédures isolées en précédents collectifs opposables.
→ On saura que ça avance quand au moins trois groupes de médias de marchés différents déposeront des mémoires coordonnés dans un même dossier FCC, forçant l'agence à répondre à une opposition structurée plutôt qu'à des plaignants isolés.
- 💪 Déposer un commentaire public dans les dossiers FCC ouverts avant les échéances
Les deux dossiers FCC sont accessibles au public : le dossier 26-124 (The View) accepte encore des réponses jusqu'au 6 juillet 2026, et le dossier 26-131 (renouvellement de licence) a des échéances jusqu'au 5 août 2026. Un commentaire individuel déposé dans le registre public devient une pièce permanente du dossier réglementaire. L'effet de démultiplication : un volume de commentaires citoyens documentés contraint l'agence à justifier ses décisions face à un dossier public constitué.
→ On saura que ça a un effet quand le volume de commentaires publics en opposition dépasse celui des commentaires coordonnés en soutien à Carr, créant un déséquilibre documenté dans le registre officiel.
- ✊ Cartographier les coordinations entre régulateurs et affiliées partisanes pour les rendre publiques
L'article documente une coordination entre Carr et des affiliées de diffusion proches de la droite pour construire une apparence d'infraction. Des chercheurs en droit des médias et des journalistes d'investigation pourraient systématiser cette cartographie : quels acteurs ont déposé des plaintes, à quelle date, avec quels arguments communs. Rendre cette coordination visible dans l'espace public retire à la procédure son apparence de neutralité réglementaire et fragilise sa légitimité auprès des autres régulateurs et des tribunaux.
→ On saura que ça marche quand un tribunal ou une commission parlementaire cite explicitement la cartographie des coordinations comme élément de contexte dans une décision ou une audition sur l'indépendance de la FCC.
7/10 : Score sur l'échelle des "5 piliers de la liberté", inspiré de l'ouvrage de Timothy Snyder

Ces pistes ne sont pas des recettes toutes faites, mais des points d'entrée pour repenser nos systèmes numériques selon une logique de liberté positive : non pas limiter, mais augmenter nos capacités collectives d'action.
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