Le 24 mars, un jury du Nouveau-Mexique a condamné Meta à 375 millions de dollars pour avoir délibérément conçu des mécanismes d'addiction ciblant les enfants. Le lendemain, à Los Angeles, un second jury a déclaré Meta et YouTube coupables de négligence envers une jeune femme dont la dépression, l'anxiété et la dysmorphie corporelle ont été aggravées par le défilement infini, la lecture automatique et les algorithmes de recommandation. TikTok et Snap, eux, ont préféré un accord à l'amiable plutôt que d'affronter le tribunal.
Deux verdicts en deux jours. Des milliers d'autres procédures attendent. Et la question posée est simple : peut-on encore concevoir des produits qui exploitent les vulnérabilités humaines sans en assumer les conséquences ?
La réponse, cette semaine, vient de partout — et elle dit non.
Aux Pays-Bas, la cour d'appel a confirmé l'obligation pour Meta d'offrir un flux chronologique sur Instagram et Facebook, sous peine de 10 millions d'euros d'amende. Tu vois ce que ça signifie ? Un tribunal européen vient de décider que tu as le droit de voir tes contenus dans l'ordre où ils arrivent — pas dans l'ordre qu'un algorithme a choisi pour maximiser ton temps d'écran.
Microsoft, de son côté, a admis avoir été trop loin avec l'intégration forcée de Copilot dans Windows 11. Des mois de critiques d'utilisateurs, des pétitions, des forums en ébullition — et la machine arrière s'enclenche. Preuve que le refus collectif, même désorganisé, peut forcer un géant à reculer.
Pendant ce temps, la Norvège mène une coalition de plus de 70 organisations dans 14 pays contre la dégradation délibérée des services numériques — ce que les anglophones appellent l'enshittification. Et l'Allemagne ne se contente pas de critiquer : elle construit le Deutschland-Stack, une architecture technique commune pour tout son service public, avec standards ouverts obligatoires et priorité aux solutions européennes.
Mais ne te méprends pas — la dynamique inverse tourne à plein régime. Chez Meta, Zuckerberg développe un agent IA pour l'assister comme PDG et impose l'utilisation de l'IA à ses 78 000 employés, évaluations à la clé. Aux États-Unis, ICE remplace la TSA dans les aéroports, transformant les contrôles de sécurité en points de surveillance migratoire. Et sur YouTube, 26 chaînes coordonnées utilisent des présentateurs générés par IA pour mélanger vraies infos et faux événements — 1,8 milliard de vues au compteur.
Le point commun entre ces deux dynamiques ? La question du consentement. Qui a demandé aux employés de Meta de devenir des cobayes ? Qui a demandé aux voyageurs américains d'être contrôlés par des agents d'immigration ? Qui a demandé aux ados de devenir des métriques de rétention ?
Personne. Et c'est exactement pour ça que les victoires de cette semaine comptent : elles prouvent que retirer son consentement — devant un tribunal, dans un forum, dans une coalition transnationale — produit des effets concrets.
En Belgique, cette logique s'applique aussi. L'AI Act européen exclut la sécurité nationale de son périmètre. Aucun cadre législatif belge n'encadre l'IA militaire. La pétition que j'avais introduit fin février a été jugée recevable par la Chambre pour obliger le Parlement à se saisir du sujet — à condition de récolter 25 000 signatures. Ce n'est pas un geste symbolique. C'est le même mécanisme : retirer le consentement passif, forcer le débat démocratique sur un sujet que personne n'a mis à l'agenda.
Tu signes quand tu veux -> https://dekamer.mijnopinie.belgium.be/initiatives/i-1290
Je m'appelle Damien Van Achter, Je suis journaliste, prof et consultant en innovation et en pédagogie entrepreneuriale. Depuis 2005, j'essaye de comprendre et de raconter comment fonctionnent nos systèmes informationnels.
Au cours du temps, j'ai développé des outils d'analyse qui repèrent les pièges tendus par les entreprises de la tech et certains états, et j'explore des pistes pour tenter de s'en libérer, positivement et avec discernement.
J'explique ici ma démarche, inspirée récemment des travaux de l'historien Timothy Snyder, comment ces analyses sont produites techniquement et humainement, ainsi que leurs limites.
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🔥 Le prix de l'addiction algorithmique
Deux jurys américains viennent de reconnaître Meta et YouTube coupables d'avoir sciemment conçu des produits addictifs ciblant les mineurs. 375 millions au Nouveau-Mexique, 6 millions à Los Angeles. TikTok et Snap ont préféré un accord plutôt que d'affronter le tribunal. Ce n'est pas une anomalie juridique — des milliers de procédures attendent leur tour. Le défilement infini, la lecture automatique, les algorithmes de recommandation : ce ne sont plus des choix de design, ce sont des preuves à charge.
🔗 Lire le détail des verdicts (CNN)
🇩🇪 L'Allemagne construit ce que l'Europe promet
Pendant que Bruxelles débat, Berlin déploie. Le Deutschland-Stack est une architecture technique commune pour tout le service public allemand : standards ouverts obligatoires, interopérabilité native, priorité aux solutions européennes. Ce n'est pas un énième plan stratégique — c'est du code, des serveurs, des interfaces. La souveraineté numérique comme pratique d'ingénierie, pas comme slogan de colloque.
📺 1,8 milliard de vues : la désinformation devient une industrie
Le DFRLab a identifié 26 chaînes YouTube coordonnées qui utilisent des présentateurs générés par IA pour produire du faux contenu d'actualité autour de la guerre en Ukraine. Le modèle économique est rodé : mélanger des infos vérifiées et des événements inventés pour maximiser les vues. C'est l'industrialisation de la manipulation informationnelle — avec des coûts de production proches de zéro.

⚡ Les pistes d'action concrètes
🎯 Quick wins (ce mois-ci)
Passe au flux chronologique sur Instagram et Facebook
Les Pays-Bas l'ont imposé par la justice — mais tu peux déjà le faire toi-même. Sur Instagram : Paramètres > Contenu suggéré > réduire au minimum. Sur Facebook : Flux > Favoris. Chaque utilisateur qui quitte le flux algorithmique affaiblit le modèle économique de l'addiction.
Signe la pétition pour un contrôle parlementaire de l'IA militaire en Belgique
25 000 signatures pour forcer le débat à la Chambre. L'AI Act exclut la défense. La Belgique n'a aucun cadre. Il faut 5 secondes.


Documente les dégradations de service que tu constates
Chaque nouvelle pub, chaque fonction supprimée, chaque performance dégradée mérite une capture d'écran datée. La coalition anti-enshittification a besoin de preuves documentées pour alimenter les recours collectifs.
🌱 Long terme (1-2 ans)
Transformer les marchés publics en levier de souveraineté
Les acheteurs publics européens représentent 14 % du PIB. Imposer des critères d'interopérabilité, de formats ouverts et de code auditable dans les appels d'offres créerait un marché viable pour les alternatives souveraines. L'Allemagne montre que c'est faisable.
Coordonner les recours juridiques entre ONG européennes
Bits of Freedom aux Pays-Bas, NOYB en Autriche, La Quadrature du Net en France : chaque victoire nationale contre Meta peut devenir un précédent continental. Une stratégie juridique commune forcerait Meta à appliquer la solution partout plutôt que pays par pays.
📚 Si tu les as manqués
• Meta transforme ses 78 000 employés en cobayes de l'IA généralisée — Zuckerberg développe un agent IA pour l'assister comme PDG et impose l'usage de l'IA à tous ses employés, évaluations de performance incluses. Le consentement des travailleurs ? Même pas une question.
• L'email devient un terrain de surveillance algorithmique opaque — Les géants tech transforment discrètement l'email en système de filtrage automatisé. Les newsletters que tu envoies (et que tu reçois) passent par des algorithmes dont personne ne connaît les critères.
• Contournement de sanctions : l'art roumain du blanchiment d'information — News Time Romania traduit systématiquement du contenu de médias russes sanctionnés vers TikTok et Telegram. Le pipeline de désinformation ne se contente plus de produire du faux — il recycle du censuré.
• Quand les paris géopolitiques deviennent un spectacle de bar — L'événement de lancement de Polymarket à Washington révèle l'écart entre la promesse de prédiction et la réalité d'un casino géopolitique.
🎬 Backstage
Depuis 2019, j'ai la chance d'accompagner les équipes de la formation de la RTS dans, je reviens dans ce petit podcast "on the the road" sur les enjeux de ce processus de recrutement assez innovant.
Merci aussi à l'équipe du festival Namur is a Joke de m'avoir invité pour un panel dédié à la partie "pro" du festival, avec son organisateur GuiHome. 2 heures de discussion à bâtons rompus sur le créativité à l'heure de l'IA, l'entrepreneuriat et la gestion de son image sur les réseaux. Avec de belles rencontres à la clé



📆 Café numérique, à Liège — 13 avril
Le 13 avril à 18h30, je serai à la Grand Poste de Liège pour le Café numérique. On parlera journalisme et IA, et je montrerai pour la première fois en public mon pipeline de production semi-automatisé. Démo hands-on. Il y a encore des places.

📆 Keynote, à Bruxelles — 21 avril
Le 21 avril, keynote au Proximus Lounge à Bruxelles, à l'invitation de SoWe. La V2 de ma conférence « Est-ce que c'est un bug ou une fonctionnalité ? ». Un paquet de trucs à dire. À partir de midi, toute l'après-midi.

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À dimanche prochain,
Damien








