FLTR #26 : Ils fabriquent ton adhésion. D'autres retirent la leur.

FLTR #26 : Ils fabriquent ton adhésion. D'autres retirent la leur.

Des bots qui applaudissent, des produits qui n'existent pas, une modération qu'on relâche : la machine fabrique le consentement. Pendant que des ingénieurs démissionnent, des salariés entrent en campagne et une marque de barres énergétiques bat l'IA avec du carton.

Un post signé « Build American AI » a récolté 1,5 million de vues cette semaine. Sauf qu'une partie des comptes qui l'ont relayé n'existent pas vraiment : ce sont des bots, et la facture est payée par Leading the Future, le super PAC financé par OpenAI et a16z. L'enquête de The Midas Project, relayée par Model Republic, documente une armée de comptes déguisés en citoyens enthousiastes pour gonfler artificiellement le soutien politique à l'intelligence artificielle.

Garde ce chiffre en tête, parce qu'il dit tout de la semaine. Le soutien se fabrique désormais comme un produit. Et pas seulement en politique.

Le faux comme couche d'infrastructure

Quand tu tapes une recherche sur Amazon, l'algorithme te montre parfois des images de produits générées par IA — des objets qui n'ont jamais existé, juste là pour te rediriger vers un article réel à acheter (Boing Boing). Au Royaume-Uni, un outil d'IA censé aider la police s'est mis à fabriquer de fausses preuves (Futurism). Et en Allemagne, un tribunal a jugé que Google était responsable des mensonges produits par son IA — une première qui fait jurisprudence (Volokh / Reason).

Le point commun ? Aucune de ces fabrications ne demande ton accord. Le faux signal — faux soutien, faux produit, fausse preuve — s'installe comme une couche par défaut du système. Tu n'as rien signé, mais ton adhésion est déjà construite à ta place.

Et quand le faux déborde, il a un coût réel. Six mois après que Meta a relâché sa modération, les menaces violentes contre les membres du Congrès américain ont quadruplé, selon le rapport Safety Off du Center for Countering Digital Hate (CCDH). « Plus de liberté d'expression », disait Meta. Dans les faits : quatre fois plus de menaces.

La part qui ne se fabrique pas

Voilà le contrepoint de la semaine. Tout ne se simule pas. Il reste une chose que la machine n'arrive pas à produire toute seule : le consentement réel des humains. Et cette semaine, plusieurs l'ont retiré.

À San Francisco, un collectif de travailleurs de la tech a lancé Guardrails Alliance, un PAC qui apporte 5 millions de dollars dans un combat à 100 millions face à Leading the Future — celui-là même qui paie les bots (TechCrunch). Petit budget, mais de vrais donateurs, de vraies signatures. En face d'une fausse foule, une vraie.

Un ingénieur de premier plan a quitté Google, refusant publiquement de voir son travail servir à la militarisation (blog de Stephan Mayrhofer). Des dirigeants des plus grands labos d'IA se sont alliés pour interdire à leurs modèles d'aider à concevoir des armes biologiques (Vox). Le journalisme d'investigation suisse a fait reculer Palantir (Financial Times). Et — le détail qui fait sourire — une marque de barres énergétiques du New Jersey a obtenu douze fois plus de nouveaux abonnés avec une campagne en carton bricolée à la main qu'avec ses pubs générées par IA (Futurism).

Tu vois la ligne de partage ? D'un côté, des systèmes qui produisent du oui sans personne derrière. De l'autre, des gens qui disent non, et qui le font compter. Le pouvoir tient parce qu'on y consent. Quand le consentement se fabrique, il peut aussi se retirer.

La vraie question, cette semaine, n'est pas « comment repérer le faux ». C'est : où places-tu encore, toi, ton vrai oui — et ton vrai non ?

🎯 À lire absolument cette semaine

🤖 L'armée de bots qui te fait croire que tout le monde aime l'IA

Le super PAC Leading the Future, financé par OpenAI et a16z, ne se contente pas d'acheter de la pub : il loue des comptes automatisés pour amplifier ses messages politiques. Un post a atteint 1,5 million de vues, dont une part de retweets fabriqués. L'enquête de The Midas Project décortique comment on manufacture une opinion publique favorable à coups de faux profils. À lire pour comprendre que le « débat » sur l'IA est déjà truqué en amont. 🔗 Lire l'enquête (Model Republic)

Is OpenAI’s super PAC paying for an army of Twitter bots to engage with their content? - Model Republic
The firm at the center of OpenAI and a16z’s political operation seems to be spamming social media with pornographic bots, inflating engagement on their clients’ accounts.

📈 Meta relâche la modération, les menaces explosent

Six mois après l'assouplissement de sa modération, les menaces violentes contre les membres du Congrès américain ont quadruplé — de 1 800 à 7 600 commentaires, sur près de 8 millions analysés par le Center for Countering Digital Hate. « Plus de liberté d'expression », promettait Meta. Le résultat documenté : quatre fois plus de menaces. Retirer les garde-fous ne libère pas la parole, ça libère l'intimidation. 🔗 Lire le rapport (CCDH)

NEW: Violent Threats Against Members of Congress Quadrupled After Meta Rolled Back Moderation Policies — Center for Countering Digital Hate | CCDH
Violent threats targeting Members of Congress on Facebook quadrupled after Meta rolled back key safety policies - new CCDH research found.

🔪 5 millions contre 100 millions : les salariés de la tech entrent dans l'arène

Face aux super PAC de l'industrie, des travailleurs de l'IA ont monté Guardrails Alliance : 5 millions de dollars aujourd'hui, 15 visés pour le cycle. Ridicule face aux 100 millions d'en face — sauf que l'argent vient de petits donateurs réels, ceux qui construisent ces technologies au quotidien et refusent qu'elles servent n'importe quoi. La première fois que la base tech s'organise politiquement contre ses propres patrons. 🔗 Lire l'article (TechCrunch)

A tech worker-backed PAC is bringing a $5M knife to Big Tech’s $100M gunfight | TechCrunch
Guardrails positions itself as a populist political movement that runs on small donations from people in the trenches of the AI boom.

⚡ Les pistes d'action concrètes

🎯 Quick wins (ce mois-ci)

Démasque les fausses foules Installe une extension de détection de bots sur ton navigateur avant de juger d'un « mouvement d'opinion » sur les réseaux. Quand un sujet semble soudain unanime, vérifie qui parle vraiment. → Source : The Midas Project / Model Republic

Réclame ta fiche Si tu vis dans l'UE, exerce ton droit d'accès et de rectification auprès des organismes de notation. Tu peux exiger de savoir quel score t'est attribué, et par qui — et le contester. → Source : NOYB — action contre le scoring secret

🌱 Long terme (1-2 ans)

Rejoins une action collective contre le scoring secret NOYB attaque CRIF, l'organisme qui détient des données sur presque tous les adultes autrichiens, via une injonction et une action collective en dommages. Le modèle est duplicable partout en Europe : c'est le retrait organisé du consentement. → Source : NOYB

Soutiens l'organisation politique des travailleurs de la tech Au-delà du don, le vrai levier est la coalition : syndicats tech, ingénieurs qui refusent certains contrats, lanceurs d'alerte. Guardrails Alliance et la démission publique d'un ingénieur Google montrent que la base peut faire pression de l'intérieur. → Source : TechCrunch

📚 Si tu les as manqués

• L'Allemagne rend Google responsable des mensonges de son IA — Une jurisprudence qui pourrait coûter cher aux modèles qui fabulent.

• Mississippi : Amazon fait payer ses data centers aux habitants — La facture d'électricité grimpe pour les riverains, pendant que les serveurs tournent.

• 12,5 milliards : le fonds secret d'Uber à Hawaï — Selon un rapport de Consumer Watchdog, Uber aurait logé cette somme dans une société écran insulaire.

• Pétition IA militaire en Belgique — Toujours active (338/25 000), elle réclame un contrôle parlementaire sur les systèmes d'IA déployés par l'armée.

• Kyber : l'infrastructure ouverte pour piloter des robots à distance — Une plateforme open source pour télé-opérer des flottes de robots. La souveraineté industrielle se joue aussi sur la couche logicielle.

Kyber : l’infrastructure ouverte pour piloter des millions de robots à distance
Jean-Baptiste Kempf, créateur de VLC, lance Kyber, un SDK open source pour contrôler en temps réel des flottes de robots et drones. 5 millions de dollars levés, clients déjà actifs en défense et télécoms.

• Les agents IA et la semaine de travail infinie — Promis pour bosser à ta place, ils redéfinissent surtout, en douce, les frontières du temps de travail.

Agents IA : la semaine de travail infinie arrive par la petite porte
Les agents IA ne libèrent pas les travailleurs — ils les transforment en superviseurs épuisés d’une armée de bots, ouvrant la voie à une disponibilité professionnelle sans limite.

• 16 nouveaux métiers dans les rédactions transformées par l'IA — L'IA ne fait pas que supprimer des postes en presse : elle en invente d'autres. Cartographie.

16 nouveaux métiers révèlent la transformation des rédactions par l’IA
Une étude analyse 6 687 offres d’emploi LinkedIn pour identifier 16 nouveaux postes stratégiques dans les médias, révélant comment l’IA redéfinit les rédactions.

• Le retour des tracteurs sans tech embarquée — Des agriculteurs rachètent du vieux matériel pour échapper au verrouillage logiciel des constructeurs.

Retour en force des tracteurs sans tech embarquée #goodoldtimes
Une startup canadienne inonde de commandes avec ses tracteurs sans électronique, vendus moitié prix des John Deere. Plus de 1000 agriculteurs de 30 pays ont pris contact après une démo.

• L'Europe transforme l'État providence en machine de surveillance — Quand l'aide sociale se met à surveiller ses bénéficiaires au lieu de les soutenir.

L’Europe transforme l’État providence en machine de surveillance
L’UE impose la numérisation des services publics sous couvert d’interopérabilité, créant une infrastructure de surveillance totale qui exclut les plus vulnérables.

• Encrypted Spaces : Signal réinvente le chiffrement collaboratif — Les anciens de Signal proposent un chiffrement pensé pour le travail en équipe.

Encrypted Spaces : Signal réinvente le chiffrement pour l’ère collaborative
Les créateurs du protocole Signal lancent une architecture open-source pour construire des apps collaboratives chiffrées de bout en bout, avec preuves à divulgation nulle.

• Alaska : un média associatif rachète le journal qu'il concurrençait — Un modèle de reprise du journal local par le non-marchand.

Alaska : un média associatif rachète le journal qu’il concurrençait
En 14 mois, le Mat-Su Sentinel passe de concurrent à propriétaire du Frontiersman, journal local de 80 ans. Modèle : nonprofit qui sauve l’héritage tout en créant une structure durable.

• Quand l'incompétence des héritiers sauve les médias de la propagande — Comment la médiocrité d'héritiers fortunés protège, malgré elle, des rédactions de la mainmise politique.

Quand l’incompétence des héritiers sauve les médias de la propagande
L’acquisition de CBS par les Ellison révèle un paradoxe : les milliardaires veulent transformer les médias en machines à propagande, mais leurs héritiers incompétents échouent spectaculairement.

• 250 millions pour News Corp : l'IA achète l'information — Un accord qui révèle le prix auquel l'IA transforme l'édition en matière première.

250 millions pour News Corp : comment l’IA transforme l’édition en matière première
OpenAI paie 250 millions à News Corp sur 5 ans pendant qu’Anthropic scrape 73 000 pages pour chaque visiteur renvoyé. L’asymétrie révèle qui capture vraiment la valeur.

• Apple instrumentalise le DMA pour fragmenter l'IA européenne — Apple invoque les règles européennes pour priver le continent de ses dernières fonctions IA.

Apple transforme le DMA en prétexte pour fragmenter l’IA européenne
Apple refuse de déployer Siri AI en Europe, invoquant les règles d’interopérabilité du DMA. Bruxelles répond que rien n’empêche le lancement et qu’Apple demande simplement 18 mois d’exemption.

🎬 Backstage

Cette semaine, j'ai sorti un nouveau papier, que les abonnés ont reçu en primeur : une analyse du Digital News Report 2026 du Reuters Institute. Bienvenue, d'ailleurs, à toutes celles et ceux qui nous ont rejoints depuis sa sortie. → Digital News Report 2026 : anatomie d'une dépossession choisie

Digital News Report 2026: Qui contrôle l’accès à l’information ? Anatomie d’une dépossession choisie
En 2026, les réseaux sociaux, la vidéo et les chatbots conversationnels sont devenus, ensemble, la première manière dont le monde accède à l’actualité — devant les sites des médias et devant la télévision.

Et puis il y a ce genre de retour qui arrive de manière impromptue, et qu'il est toujours aussi difficile d'accepter simplement — sans en faire des caisses, juste en appréciant le moment présent. Celui-ci, de Quanah Zimmerman, sur LinkedIn :

« Alors que je suis plutôt engagé dans un mouvement de sobriété informationnelle, les newsletters de Damien Van Achter font partie des rares que je lis toujours avec (grand) intérêt. Des clés pour décrypter, faire réfléchir et garder une vraie distance critique (et jamais caricaturale). »

Et merci aussi vraiment pour le coup de pouce, ton mug est en route 😁🚀 🙏

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Mug collector aux couleurs du lab. À partir de 25€.

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À dimanche prochain,

Damien