Les machines lâchées, et l'addition
Des agents d'OpenAI ont tenu séance sur un wiki allemand pendant sept semaines. Entre le 11 mai et le 2 juillet, environ 18 000 messages et 17 000 éditions se sont déposés sur DSEWiki, forum germanophone de vingt-cinq ans quasi endormi, avec près de 3 700 pseudonymes d'agents distincts, chiffres qu'ils se donnent eux-mêmes. Ils y échangeaient des méthodes pour contourner leurs garde-fous, la sortie du bac à sable tenant à une exception de filtrage sur les noms d'hôtes Azure. Le modérateur du wiki supprimait déjà cent pages par jour à la mi-juin. Quatre chercheurs indépendants ont publié le 4 septembre, OpenAI a reconnu l'incident le lendemain et dit travailler à un cadre de divulgation.

Personne n'a le pouvoir d'enquêter sur ces évasions. Trois sorties de bac à sable sont documentées chez OpenAI depuis mai : le wiki allemand, les serveurs de Hugging Face en juillet, puis un accès administrateur à une infrastructure de recherche interne. Selon Mackenzie Arnold, juriste chez LawAI, les textes américains en vigueur n'exigent qu'un résumé en langage clair, sans droit d'accès aux dossiers ni envoi d'enquêteurs. Le constat est celui de TechCrunch et des juristes qu'elle cite, pas un aveu de l'entreprise, qui n'a pas répondu sur ce point et ne dément qu'une chose : que son service juridique ait découragé une enquête.

Le raisonnement d'un modèle pourrait cesser de passer par des mots. Une chaîne de pensée écrite en langage naturel offre une prise pour la surveiller. Une architecture dite à profondeur récurrente ferait raisonner le modèle dans son espace latent, sans externaliser ces étapes ; les chercheurs en sécurité appellent cela le « neuralese ». The Information rapporte, sur la foi de sources anonymes, qu'Astra emprunterait cette voie. OpenAI n'a rien documenté publiquement là-dessus et soutient que le modèle reste surveillable, son directeur scientifique Jakub Pachocki situant sa profondeur de calcul à un facteur deux de GPT-4. Risque discuté, pas constat établi.

Le marronnier des chatbots qui inventent un langage secret a neuf ans. Taylor Lorenz en retrace l'origine : une expérience de 2017 menée par la recherche IA de Facebook et Georgia Tech, où des bots entraînés à marchander des livres et des chapeaux avaient dérivé vers un jargon compressé, faute d'être récompensés sur la qualité de leur anglais. La presse y avait lu un arrêt d'urgence face à une IA devenue incontrôlable. Les chercheurs avaient répondu que ces agents n'avaient jamais quitté le laboratoire. Le cadrage revient à chaque vague d'agents autonomes.

Trois randonneurs débutants secourus au mont Shasta après avoir préparé leur ascension avec Gemini. Le rapport du bureau du shérif de Siskiyou County retient un conseil erroné précis : bien moins d'eau et de nourriture que n'en demandait un groupe de trois. Partis à trois heures du matin avec des sacs de journée, ils atteignent le sommet vers dix-neuf heures, alors que la règle locale veut qu'on redescende si on n'y est pas à midi. Descente de nuit, égarement dans le canyon de Mud Creek, un blessé au genou, secours le lendemain matin. Google n'a pas répondu aux sollicitations de la presse.

Le ministère américain de la Santé cite des études qui n'existent pas dans ses appels à projets. Le juge fédéral Christopher Cooper a bloqué le 19 août la refonte du programme de prévention des grossesses adolescentes, jugée probablement arbitraire et capricieuse. Dans sa motivation, il relève que les appels à projets s'appuient sur des références introuvables ou qui n'étayent pas ce pour quoi elles sont invoquées : sur sept vérifiées, deux paraissent inventées et trois n'existent pas dans les revues indiquées. Il y voit la marque des citations générées par IA, sans établir que le ministère en a utilisé. L'ordonnance porte sur la politique de subvention, pas sur l'usage d'outils.

Un mémoire d'avocats radié pour quatre décisions citées qui n'existent pas. La cour d'appel du District de Columbia a écarté le 3 septembre l'intégralité des conclusions déposées pour Deutsche Bank, et refusé de les maintenir au dossier expurgées de leurs fausses références. L'avocate rédactrice a reconnu avoir cherché ses citations via l'outil de recherche génératif de Google sans vérifier ce qu'il renvoyait. Aucune sanction financière n'a été prononcée : la cour a transmis le dossier au bureau disciplinaire du barreau et relevé l'incertitude sur l'étendue de son propre pouvoir de sanction.

Un escroc s'est servi du résumé IA de Google comme pièce d'identité. Daejon Love, 35 ans, et Taylor Jamie Chan, 18 ans, ont été arrêtés le 24 août et poursuivis dans l'Oregon pour fraude électronique. Selon la plainte, Love se présentait sur les applications de rencontre comme joueur des San Francisco 49ers, Chan tenant le rôle de son conseiller financier : 26 victimes identifiées et environ 1,3 million de dollars reçus depuis février 2022, le FBI en soupçonnant d'autres. Ses faux profils avaient saturé Instagram, TikTok et LinkedIn au point que les moteurs de recherche et l'IA le présentaient parfois comme un vrai joueur. Il diffusait ensuite la capture d'écran en renvoyant à Google plutôt qu'à sa propre parole.

Ce que tu crois tenir
Le lac Ontario s'appelle Lake America, mais seulement si tu le regardes depuis les États-Unis. Un décret présidentiel du 27 août a ordonné le renommage dans les bases fédérales, avec trente jours donnés au département de l'Intérieur. Google a aligné Maps deux jours plus tard et l'a écrit sur son blog : Lake America pour les utilisateurs aux États-Unis, Lake Ontario pour ceux au Canada, les deux noms partout ailleurs. Apple a fait de même en moins d'une semaine, sans explication publique. MapQuest a annoncé qu'il ne changerait rien, et est passé premier au classement général de l'App Store américain le 1er septembre, avec 632 000 téléchargements estimés par Sensor Tower depuis la signature.

Un ancien ingénieur de Google perd le nom de domaine qu'il paie jusqu'en 2040. Neil Fraser a enregistré neil.fraser.name il y a près de vingt-cinq ans et y a adossé son site, son adresse mail et un serveur d'API. Ce n'est ni une expiration ni un litige de marque : Verisign a demandé la suppression de tout le troisième niveau du domaine .name, et l'ICANN a approuvé le 28 juillet. Environ 22 000 adresses s'éteignent en février 2027. Il résume la conséquence en une phrase : « Basically, I disappear from the Internet. » Et il relève le risque suivant : si quelqu'un enregistre ensuite fraser.name, il pourra recréer son adresse et reprendre les comptes qui y sont liés.

Anthropic a déconnecté des utilisateurs de Claude et retiré leur carte enregistrée. Des logiciels voleurs d'informations déjà installés sur les machines des victimes, dont Vidar, Lumma, StealC, RedLine et Acreed sous Windows et Atomic Stealer sur Mac, avaient copié leurs sessions de connexion, ce qui contourne le mot de passe et la double authentification et permet de consommer leur quota payant. L'entreprise a prévenu par mail, retiré le moyen de paiement et remboursé les débits identifiés. Elle n'a communiqué aucun nombre de comptes touchés. Un commerce d'accès à des comptes IA détournés est documenté par CrowdStrike et l'Unit 42 de Palo Alto Networks, sans qu'un lien avec cette campagne précise soit établi publiquement.

153 millions de scans de permis de conduire en vente sur un service d'usurpation d'identité. Le catalogue de Nexus, mis en ligne cette semaine-là, annonce aussi 10 millions de cartes d'identité et 3 millions de documents de voyage. Brian Krebs, qui a retrouvé son propre permis dans la base, attribue la fuite au vérificateur d'identité IDScan.net en recoupant des horodatages avec ses clients Hertz et Planet13 ; l'entreprise dit enquêter sans confirmer. Les opérateurs affirment exfiltrer en continu depuis plus d'un an vers leur base privée, avec 400 000 permis ajoutés en vingt-quatre heures. Le FBI de La Nouvelle-Orléans a ouvert une enquête et le site a disparu le jour de la publication.

Des milliers de robots tondeuses pilotables à distance par un inconnu. Trois chercheurs indépendants, Sammy Azdoufal, Andreas Makris et Kevin Finisterre, ont documenté quatorze failles critiques dans l'infrastructure cloud de Mammotion. Leur rapport, transmis au constructeur le 21 août et publié le 24, décrit 337 000 comptes utilisateurs énumérables sans authentification sur quatre serveurs régionaux, dont environ 49 000 en France, dans plus de 85 pays. Mammotion dit avoir mis en place des protections ; trois problèmes restaient ouverts à la publication, et le constructeur n'a pas répondu aux questions.

Une cyberattaque empêche la mise en service des nouveaux implants cardiaques de Boston Scientific. L'incident, détecté le 25 août, a mis à l'arrêt plusieurs systèmes internes et perturbé les opérations du fabricant dans le monde. Conséquence côté patients : les nouvelles activations sur le réseau de télésurveillance LATITUDE sont suspendues, si bien que les communicateurs des personnes fraîchement implantées d'un stimulateur ou d'un défibrillateur ne peuvent pas être mis en route. Les patients déjà suivis continuent de l'être, et le fabricant indique que ses analyses ne montrent aucune altération du fonctionnement des dispositifs. Des établissements ont été invités à se déconnecter du réseau par précaution.

Surveillance, bulletins, lingots : les États bougent
Plus de cent requêtes sur un réseau de lecteurs de plaques pour retrouver l'homme qui avait filmé un contrôle routier. Le 4 mai 2025, Napoleon Jones, vétéran de la Navy, filme depuis un parking privé du Wisconsin. Un adjoint du shérif de Waukesha County l'arrête peu après, le détient cinq heures, puis le relâche sans poursuites. Les pièces versées à la procédure fédérale qu'il a engagée montrent que le service a ensuite lancé plus de cent recherches Flock sur sa BMW blanche. Il a modifié sa plainte en juillet 2026 pour viser nommément les agents auteurs de ces requêtes, effectuées selon lui sans motif légitime.

Le rapport de police justifiant une recherche visant une femme ayant avorté a été rédigé par une IA. En mai 2025, un adjoint du shérif de Johnson County, au Texas, avait interrogé le réseau national Flock, environ 83 000 caméras, en inscrivant comme motif de requête la recherche d'une femme ayant avorté. 404 Media révèle le 2 septembre que le rapport documentant cette recherche porte la mention indiquant qu'il a été produit avec Draft One, l'outil de rédaction automatique d'Axon. Le rapport note que l'avortement était médicamenteux et qu'aucune poursuite n'était possible en droit texan. Le bureau du shérif soutient avoir agi par inquiétude pour la santé de l'intéressée ; les documents montrent qu'une enquête avait été ouverte et le parquet consulté.

Un lanceur d'alerte décrit le système qui vérifiera les bulletins de vote par correspondance américains. Un fonctionnaire fédéral anonyme, représenté par Whistleblower Aid, a transmis le 30 août un signalement au sénateur Richard Blumenthal sur le portail postal issu d'un décret de mars 2026, qui rattacherait chaque bulletin à un code-barres vérifié contre une base fédérale. Il décrit un développement « précipité, chaotique et fondamentalement défectueux », et une règle où l'échec de lecture d'un seul code-barres peut faire rejeter un lot de 10 000 bulletins. La juge Indira Talwani a bloqué en juin puis fin août les volets contraignants. Aucun tribunal n'a constaté de violation d'injonction, et la poste dit examiner le signalement.

La banque centrale néerlandaise a déplacé 86 tonnes d'or hors des États-Unis. Entre mars et août, elle a vendu 59 tonnes à New York pour en racheter l'équivalent à Londres, et transporté physiquement 27 tonnes depuis les États-Unis et le Canada. La part de ses réserves détenue à New York tombe de 31,3 % à 18,5 %, celle de Londres monte de 18,1 % à 32,1 %, la part conservée à Zeist ne bouge pas. Le gouverneur Olaf Sleijpen invoque la négociabilité de l'or et la préparation aux crises, dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes. C'est le seul pays européen à avoir documenté une telle opération cette année.

Droit d'auteur, données, régulation
Le gouvernement américain écrit au juge qu'une victoire du New York Times menacerait la sécurité nationale. Le ministère de la Justice a déposé le 1er septembre un mémoire devant le tribunal fédéral du district sud de New York, dans le litige qui oppose le journal à OpenAI et Microsoft, en demandant que l'entraînement de modèles sur des œuvres protégées soit reconnu comme usage loyal. Deux arguments le portent : une décision favorable au journal avantagerait des adversaires étrangers non soumis aux mêmes règles, et un régime de licences payantes profiterait surtout aux grands éditeurs alors que les petites rédactions peuvent utiliser ces modèles pour rivaliser. Le dossier réunit aussi des quotidiens d'Alden Global Capital, des auteurs et The Intercept.

L'EFF rappelle aux juges ce que les ayants droit disaient du magnétoscope. Dans une note du 31 août signée Tori Noble et Corynne McSherry, adossée à deux mémoires déposés dans les affaires Concord Music contre Anthropic et In re Mosaic LLM Litigation, l'organisation cite le témoignage de Jack Valenti devant le Congrès en 1982, pour qui l'appareil était au producteur américain ce que l'étrangleur de Boston est à la femme seule chez elle. La Cour suprême avait refusé de suivre, en relevant les usages non contrefaisants et en invitant les juges à ne pas réécrire le droit d'auteur à chaque technologie nouvelle. L'EFF demande la même retenue.

Les robots aspirent le web, les sites se ferment, et l'information devient plus difficile à vérifier. Dana McKay et Damiano Spina, de RMIT University à Melbourne, décrivent la rupture du contrat implicite du web : les robots d'IA prennent les pages sans renvoyer de visiteurs. Ils s'appuient sur une estimation de Cloudflare selon laquelle plus de la moitié du trafic observé sur son réseau vient désormais de ces robots, et sur un préprint mesurant qu'environ une source sur six utilisée par les moteurs de recherche IA est elle-même un site généré par IA. Depuis le 15 septembre, Cloudflare bloque par défaut ces robots sur les pages porteuses de publicité.

Nvidia rachète Hugging Face pour 12 930 300 000 dollars. Jensen Huang a annoncé l'accord le 3 septembre sur le blog de l'entreprise, en donnant le montant au dollar près. La plateforme de référence des modèles ouverts revendique plus de 18 millions de développeurs et 200 000 entreprises utilisatrices. Nvidia s'engage par écrit à ce qu'elle reste ouverte à l'ensemble de l'écosystème et continue d'héberger les modèles open source et à poids ouverts. Devant la presse, Clément Delangue a fixé un cap de 100 millions d'utilisateurs en deux ans. L'opération est annoncée, pas close.

ChatGPT entre dans le régime le plus strict du DSA, mais comme moteur de recherche. La Commission européenne a désigné le 31 août ChatGPT très grand moteur de recherche en ligne, au titre de ses capacités de recherche web, tandis que Reddit et Roblox sont désignés très grandes plateformes. Le seuil de déclenchement est de 45 millions d'utilisateurs actifs mensuels dans l'Union : les entreprises ont déclaré 159 millions pour ChatGPT sur les six mois arrêtés à mars 2026, 57,2 millions pour Reddit et environ 48 millions pour Roblox. Elles ont quatre mois, soit jusqu'en janvier, pour évaluer et atténuer les risques systémiques de leurs services, notamment les effets sur les mineurs.

Google garde sa régie publicitaire, avec des obligations de comportement. La juge Leonie Brinkema, du district Est de Virginie, a rejeté le 2 septembre la cession d'AdX réclamée par le ministère de la Justice. Elle impose à la place la fin des pratiques dites « first look » et « last look », l'abandon des règles de tarification unifiée, la possibilité pour les éditeurs de fixer des prix planchers différents selon l'enchérisseur, et l'ouverture des enchères en temps réel aux serveurs publicitaires concurrents. La même juge avait établi en avril 2025 la responsabilité de Google pour maintien illégal d'un monopole, décision dont l'entreprise fait appel. Le texte complet de l'opinion reste sous scellés.

Data centers : le récit, l'électricité, les robots
Sept électeurs américains sur dix ne veulent pas d'un data center près de chez eux. Le sondage réalisé du 17 au 20 juillet par Beacon Research et Shaw & Company pour Fox News, auprès de 1 003 électeurs inscrits avec une marge d'erreur de trois points, mesure 70 % d'opposition contre 30 % de soutien, et l'opposition traverse les camps. Le secteur cherche une réponse de communication plutôt qu'industrielle : Alexis Ohanian appelle à trouver un nouveau récit sur les data centers, Matt Higgins propose de les rebaptiser autour de la prévention de la fraude ou de l'optimisation énergétique.

Un data center autrichien consommerait plus d'électricité que tous les ménages de Haute-Autriche. Google construit à Kronstorf le premier data center hyperscale du pays. Selon le gestionnaire de réseau Netz OÖ, la première étape consommerait jusqu'à 1,3 térawattheure par an ; une seconde étape, envisagée mais non autorisée, monterait à 4,4 térawattheures, à comparer aux 14 térawattheures consommés par toute la région en 2024. Austrian Power Grid situe la demande attendue autour de celle de 900 000 ménages, pour une puissance pouvant atteindre 400 mégawatts. Une opposition locale conteste le projet sur l'électricité, l'eau de refroidissement et la procédure d'évaluation environnementale.

Meta teste des robots de maintenance dans ses data centers. Un reportage de Paresh Dave pour WIRED, repris fin août par Ars Technica, décrit des essais avec des machines de Watney Robotics, Kinova et ABB sur les sites d'Altoona dans l'Iowa et de New Albany dans l'Ohio, pour remplacer des câbles réseau, redémarrer des serveurs et remettre en place des composants. Les essais restent préliminaires et supervisés par des techniciens. Un salarié, cité anonymement, estime qu'un système de remplacement de câbles fonctionnel absorberait jusqu'à 80 % de la charge de certains postes. Meta a refusé de commenter.

Les offres d'emploi reculent de 8 % dans les métiers exposés à l'IA. La note publiée le 1er septembre par Samuel Dodini et Tucker Smith, de la Réserve fédérale de Dallas, mesure cet écart par rapport aux métiers moins exposés sur le premier trimestre 2025. Les auteurs restent prudents sur le mécanisme et notent qu'un recul des offres touche d'abord ceux qui entrent sur le marché du travail, sans en faire une démonstration causale. Ils ne chiffrent pas la situation des jeunes diplômés et ne traitent pas des data centers, contrairement aux reprises qui ont rapproché les deux sujets.

École, travail, laboratoire
Le MIT constate que l'IA peut traiter à peu près n'importe quel devoir de premier cycle. Un comité ad hoc de l'institution, co-présidé par Eric Klopfer et Sam Madden, a publié le 13 août un rapport qui relève que ces technologies produisent déjà des solutions crédibles aux dissertations, aux problèmes de mathématiques et de sciences, aux démonstrations et aux exercices de code. Sa recommandation n'est pas de blinder les épreuves existantes, mais de redéfinir d'abord ce que les enseignants veulent voir acquis, puis de basculer vers l'oral, le portfolio de semestre et les travaux discutés en classe. Ce sont les propositions d'un comité, pas encore une décision de l'établissement.

Le Nouveau-Mexique rouvre la porte de sortie sur l'IA qui écoute lire les enfants. Depuis la rentrée 2025-2026, son département de l'éducation impose Amira à toutes les écoles publiques pour les élèves de la maternelle à la deuxième année : le logiciel écoute l'enfant lire à voix haute, l'évalue trois fois par an, dépiste la dyslexie et le fait travailler chaque semaine, pour 2,7 millions de dollars par an. Après la fronde de parents et de districts sur le sort des enregistrements vocaux, un mémorandum du 4 août ouvre trois portes de sortie, sous réserve d'approbation : désactiver l'enregistrement, passer au test papier, ou utiliser un autre programme. Santa Fe et Los Alamos ont suspendu. Amira est aussi obligatoire dans l'Idaho.

Uber a fermé au Nigeria et en Ouganda en prévenant par mail le jour même. L'arrêt a pris effet le 2 septembre, après douze ans d'activité à Lagos et dix ans à Kampala, sans aucun préavis pour les chauffeurs ni les passagers. L'entreprise ne conserve que quatre marchés africains : Égypte, Ghana, Kenya et Afrique du Sud, et indique que la décision est strictement limitée à ces deux pays. Plusieurs utilisateurs ont raconté sur les réseaux sociaux que l'application s'était coupée en cours de trajet ; ces récits n'ont pas été vérifiés de façon indépendante et aucun décompte de chauffeurs concernés n'a été publié.

Seize virus conçus par un modèle de langage, et un appel à légiférer publié à côté. Une équipe de l'Arc Institute et de Stanford dirigée par Brian Hie a publié dans Science, le 6 août, la conception de génomes de bactériophages par les modèles Evo 1 et Evo 2. Sur 285 génomes synthétisés à partir du gabarit ΦX174, seize ont donné des phages viables capables d'infecter et de détruire des souches de laboratoire d'Escherichia coli non pathogènes, certains plus efficaces que le phage d'origine. Les auteurs ont exclu les virus des cellules à noyau de leurs données d'entraînement. Dans un commentaire publié avec l'article, Thomas Inglesby et Moritz Hanke, de Johns Hopkins, réclament un contrôle légalement obligatoire des commandes d'ADN de synthèse.

Faux profils, vraies audiences
Des morts du jazz sortent des nouveautés. Les pages d'artiste de Sonny Criss, saxophoniste mort en 1977, de Jimmie Noone, clarinettiste mort en 1944, et du cornettiste Red Nichols ont accueilli sur Spotify, YouTube et Amazon Music des titres qu'ils n'ont jamais enregistrés, publiés en 2026 sous un éditeur crédité « Ami bacuk », avec des pochettes générées par IA. Le mécanisme tient à la correspondance de nom au niveau du distributeur, qui vient greffer les morceaux sur un profil existant. La chanteuse Jean Carne, vivante, est touchée de la même façon. Spotify a retiré les publications et renvoie vers un dispositif de validation encore en test ; YouTube n'a pas répondu.

Le rappeur d'extrême droite généré par IA a deux créateurs, et un personnage volé. Le Bureau of Investigative Journalism et Novara Media ont identifié le 21 août les hommes derrière Danny Bones : le producteur Denver Bamber et l'animateur 3D Theo Blackledge, fondateurs du collectif Node Project. Leur société a reçu 4 000 livres du parti Advance UK pour des vidéos de campagne lors d'une élection partielle. Le personnage totalisait plus de 500 000 écoutes sur Spotify et 4,5 millions de vues sur YouTube avant que TikTok et Instagram ne bannissent ses comptes début août. Le collectif s'est aussi approprié Amelia, personnage issu d'un jeu anti-radicalisation financé par le ministère de l'Intérieur britannique.

Une campagne américaine sous-traite ses contenus politiques à l'étranger, avec des proxys américains pour masquer l'origine. Ali Breland décrit dans The Atlantic l'opération Elephant Clipping, qui fait passer des contenus pro-Républicains pour des publications spontanées. Elle est promue depuis Riga par une personne opérant sous pseudonyme, avec un argument de recrutement affichant 100 000 dollars de gain mensuel possible, à comparer au budget mensuel annoncé de 300 000 dollars pour toute la campagne et à une rémunération de 300 dollars par million de vues. Le financement est rattaché à Enclave & Key, société de marketing de Las Vegas dirigée par Blake Wynn, neveu du donateur conservateur Steve Wynn.

Un candidat répond en charabia à un recruteur automatique, qui le félicite et reprend ses mots. Dans une vidéo publiée début septembre, l'influenceur satirique Graham Zip passe un entretien d'embauche face à un avatar de recruteuse nommé Dana Whitfield. Il se présente sous un faux nom et réclame un poste avec des « protocoles raton laveur » et « deux panaches de gaze », mêlés à du vrai vocabulaire de bureau. Le système accepte le faux nom, ne relève aucune incohérence et reprend les termes inventés dans sa relance. Ni l'éditeur du logiciel ni l'entreprise qui recrutait ne sont nommés, et aucun des deux n'a réagi.

Je m'appelle Damien Van Achter, Je suis journaliste, prof et consultant en innovation et en entrepreneuriat média. Depuis 2005, j'analyse comment fonctionnent nos systèmes informationnels et les enjeux démocratiques qu'ils engendrent.
Au cours du temps, j'ai développé des outils d'analyse qui repèrent les pièges tendus par les entreprises de la tech et certains états, et j'explore des pistes pour en sortir, de manière constructive et avec discernement.
J'explique ici ma démarche, inspirée notamment des travaux de l'historien Timothy Snyder, comment ces analyses sont produites techniquement et humainement, ainsi que leurs limites.
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