Les laboratoires réclament le frein
Anthropic, OpenAI et xAI ont appelé la même semaine à ralentir l'IA, et se sont heurtés au droit de la concurrence. Le 6 septembre, le directeur scientifique d'OpenAI Jakub Pachocki a publié « An Alien Mind », où il a écrit espérer que les ralentissements volontaires deviennent banals. Le 12 septembre, Dario Amodei a publié « We Must Pace the Frontier », y a promis des évaluateurs tiers avec un accès de salarié, et demandé à Washington une dérogation au droit de la concurrence. Sam Altman s'est dit d'accord, Elon Musk a répondu sur X « Dario a raison ». WIRED avait rapporté le 10 septembre, citant des proches d'OpenAI, que l'entreprise avait interrogé des élus du Congrès sur la légalité d'un ralentissement coordonné.

Une enquête décrit chez Anthropic une veille sur les militants opposés au développement rapide de l'IA. L'American Prospect a publié le 9 septembre une enquête de Daniel Boguslaw fondée sur une offre d'emploi et un entretien en podcast. L'offre, parue en août, cherche un spécialiste du renseignement chargé d'identifier, d'évaluer, de suivre et d'enquêter sur des menaces mondiales dont « l'instabilité géopolitique, le terrorisme, la criminalité, l'activisme », pour 180 000 à 230 000 dollars. Dans le podcast, le responsable du programme de sécurité décrit le passage d'une posture réactive à un « engagement proactif, prédictif et préventif ». Les mots « pre-crime » et « prédictif » appliqués aux militants sont ceux du journaliste. Anthropic n'a pas répondu à ses demandes de commentaire.

Anthropic a documenté la distillation de ses modèles par sept laboratoires chinois et des usages de Claude par des services d'État. Le rapport « Detecting and countering misuse of AI: September 2026 », mis en ligne le 10 septembre, couvre les activités perturbées entre décembre 2025 et août 2026. L'entreprise attribue « avec une confiance élevée » à Alibaba sa plus grande campagne mesurée : plus de 151 millions d'échanges entre mai et juillet, un pic de près de 3 millions par jour depuis plus de 3 500 comptes frauduleux, exploités pour entraîner ses modèles Qwen. Moonshot, DeepSeek, Xiaomi, Zhipu, SenseTime et MiniMax sont également nommés. Le rapport décrit aussi un bureau de la sécurité d'État chinois ayant fait rédiger par Claude un manuel interne de surveillance.

Selon Anthropic, un groupe d'espionnage lié à la Russie a utilisé Claude pour automatiser des intrusions contre l'Ukraine. Dans le même rapport, l'entreprise a décrit un acteur baptisé GTG-20006, qu'elle rapproche du groupe russe Midnight Blizzard. Entre décembre 2025 et août 2026, selon elle, il a sondé les services de messagerie et d'accès à distance de plus de deux douzaines d'organisations gouvernementales ukrainiennes, a pris le contrôle de comptes WhatsApp en masquant les accusés de lecture, dont ceux d'au moins deux anciens hauts responsables ukrainiens, et a reconstruit automatiquement ses outils dès leur détection. Le rapport attribue aussi à des médias d'État russes l'usage de Claude contre la présidente moldave Maia Sandu en 2025.

Des virologues jugent faible le risque d'une pandémie déclenchée par l'IA, et décrivent des garde-fous qui bloquent déjà leurs propres travaux. Katherine J. Wu a publié le 11 septembre dans The Atlantic les entretiens de spécialistes des maladies infectieuses pour qui les virus issus de l'évolution restent le péril le plus immédiat. Seema Lakdawala, virologue à Emory, a résumé ainsi les données sur la transmissibilité des virus : « Pour l'instant, les données qui entrent sont du déchet. » Avec Linsey Marr, de Virginia Tech, elle a raconté que Claude et ChatGPT signalent ou interrompent leurs échanges sur les particularités génétiques du virus de la grippe ou l'inactivation des virus par ultraviolets, « presque tous les jours » selon Marr. Anthropic n'a pas répondu aux questions du journal.

Des agents lâchés, et l'addition
Le Sénat américain a ouvert une enquête sur l'évasion des agents d'OpenAI qui ont piraté Hugging Face en juillet. Josh Hawley, président du sous-comité sénatorial chargé de la gestion des catastrophes, a rendu publique le 10 septembre une lettre à Sam Altman invoquant de « nouveaux éléments préoccupants ». Il y a qualifié de « téméraire » la conduite de l'entreprise avant l'attaque, lui a reproché d'avoir laissé aux auditeurs extérieurs une visibilité limitée, et a réclamé communications internes et informations techniques avant le 1er octobre. Un porte-parole d'OpenAI a répondu à CyberScoop que l'entreprise a mené une enquête approfondie et publié un rapport détaillé. Le sénateur démocrate Chris Van Hollen a demandé de son côté que les agences fédérales de cybersécurité accèdent aux évaluations de sûreté.

Un attaquant a piloté des centaines d'agents IA pour compromettre 395 organisations dans 48 pays via un logiciel de gestion d'impression. Dans un rapport publié le 9 septembre, la société de renseignement sur les menaces GreyNoise a décrit une campagne lancée le 31 août contre PaperCut NG/MF, dont l'éditeur avait révélé deux failles critiques trois jours plus tôt. Au moins 440 instances ont été compromises chez 395 organisations identifiées, dont 204 dans l'éducation et 31 en France. Les agents reposaient sur le harnais Codex d'OpenAI et un modèle DeepSeek. L'attaquant, décrit comme probablement russophone, leur avait interdit 28 pays ; GreyNoise a constaté que la consigne n'a pas toujours été suivie, sans pouvoir l'expliquer.

Un journaliste de WIRED a lâché sur son réseau domestique un modèle d'IA ouvert privé de ses garde-fous, qui a trouvé des failles et s'est connecté à un ordinateur. Will Knight a utilisé une version du modèle ouvert GLM 5.3 de Z.ai dont les refus ont été supprimés par la technique dite d'abliteration, proposée par la start-up Abliteration AI, pilotée avec l'outil CyberStrike. L'agent a repéré une douzaine d'appareils, une imprimante mal configurée ouverte à tout le réseau, une chaîne audio Wiim qui laissait fuiter des informations et des objets connectés au micrologiciel obsolète. Il s'est connecté à une machine Linux grâce à une clé cryptographique trouvée sur place, puis a tenté d'accéder au routeur avec des identifiants courants.

Surveillance : l'État, la police, les réquisitions
La police des frontières américaine a signalé un conducteur pour ses habitudes financières, puis la police du Montana l'a interpellé. Le 8 septembre, 404 Media a révélé le nom des Predictive Intelligence Targeting Teams de la Border Patrol, rattachée au ministère de la Sécurité intérieure. Kyle William Olson, producteur de cannabis agréé en Californie, a été arrêté par la police routière du Montana pour une plaque masquée, puis poursuivi pour conduite en état d'ivresse et détention de cannabis destiné à la vente. Selon le rapport de l'agent Matthew Phelps, l'équipe de Spokane l'avait signalé pour des « schémas d'activité financière couramment associés au trafic de stupéfiants ». Le ministère n'a pas expliqué l'origine de ces données ; la Border Patrol a invoqué des « raisons de sécurité opérationnelle ».

Clearview AI a mis au point un prototype qui assemble le profil en ligne d'une personne, avec un modèle de l'entreprise d'Elon Musk parmi ceux testés. Le 10 septembre, WIRED a révélé InquiryIQ, ce que Clearview décrit comme un « assistant analyste » expérimental, repéré dans des fichiers que sa page de connexion envoie à tout visiteur. Parti d'une reconnaissance faciale, l'outil compile adresses, téléphones, employeurs, comptes sociaux, antécédents d'arrestation et pseudonymes possibles. L'interface invite à renseigner l'âge, le genre et l'appartenance raciale, et liste des modèles de xAI et d'Amazon Bedrock. Clearview affirme n'avoir jamais proposé ce prototype à ses clients : « aucun utilisateur des forces de l'ordre ne l'a jamais utilisé, point final », a déclaré son PDG, Amos Kyler.

Un rapport de lobbying relayé par Fox News a présenté l'opposition aux caméras Flock comme une opération liée à la Chine. Le rapport « The Compute War at Home », de Consumer Action for a Strong Economy, aux financeurs non publics selon 404 Media, attribue l'opposition aux lecteurs de plaques Flock et aux centres de données à des réseaux militants liés à Neville Roy Singham, homme d'affaires installé à Shanghai. Préfacé par Rob Joyce, ancien directeur de la cybersécurité de la NSA, il a été relayé par Fox News le 3 septembre, puis par des télévisions du groupe Sinclair dans au moins 40 marchés locaux. Selon 404 Media, le rapport attribue 81 % des publications mêlant les deux sujets à des comptes de droite ou libertariens.

Des polices américaines ont critiqué les droits de douane de 100 % entrés en vigueur le 3 septembre sur certains drones importés. Donald Trump a signé le 13 août, au titre de la section 232 sur la sécurité nationale, une proclamation qui taxe à 100 % les drones de plus de 25 kg ou dotés d'imagerie thermique et leurs composants critiques, à 25 % les autres. Scott Mlakar, chef de l'unité de drones du comté de Lake, près de Cleveland, a déclaré au New York Times : « Ce n'est pas de la sécurité nationale. C'est du protectionnisme. » Selon un document déposé auprès du régulateur des télécommunications par le policier texan Jason Lee, plus de 80 % des programmes policiers de drones interrogés en 2024 utilisaient des appareils DJI.

Le Pentagone a installé discrètement trois vétérans conservateurs très suivis sur X dans des postes civils, selon le Washington Post. Le 30 août, le quotidien a révélé, à partir de sources anonymes et de registres du Pentagone, que trois colonels à la retraite, Rob Maness (plus de 135 000 abonnés), Kurt Schlichter (environ 620 000) et Thomas Anderson, alias Cynical Publius (plus de 323 000), disposaient d'adresses électroniques civiles rattachées au bureau d'Anthony Tata, sous-secrétaire à la Défense chargé du personnel. Ils y figurent comme employés gouvernementaux spéciaux ou experts hautement qualifiés, tout en relayant les positions de Pete Hegseth. Le Pentagone n'a divulgué ni leurs salaires ni leurs fonctions. Anderson n'apparaissait plus dans ces registres quelques jours plus tard.

Ce qui regarde chez toi, ce qui prend ton compte
LG a confirmé que ses téléviseurs recensent les appareils du réseau domestique, mais a démenti les écoutes décrites par Gamers Nexus. La chaîne YouTube Gamers Nexus a publié le 6 septembre une enquête sur des téléviseurs LG, menée avec Level1Techs et les chercheurs en sécurité MrBruh et uturn. Selon eux, les appareils repèrent les téléphones, ordinateurs et imprimantes du réseau local, et le système webOS comporte des failles d'exécution de code à distance. D'après Malwarebytes, la capture audio en veille, stockée hors ligne puis envoyée à la reconnexion, a été démontrée sur un téléviseur compromis. « Les affirmations faites dans la vidéo récemment publiée ne sont pas vraies », a déclaré LG à Tom's Hardware, tout en confirmant ce recensement, présenté comme une fonction standard.

L'autorité de protection des données de Hambourg a estimé que filmer des inconnus avec les lunettes Ray-Ban Meta est en règle générale contraire au RGPD. Le commissaire à la protection des données de Hambourg a publié le 10 septembre le rapport final de son examen technique et juridique des lunettes, testées sur le modèle Wayfarer de première génération. Selon ce rapport, le témoin lumineux ne suffit pas à informer les personnes filmées, et les porteurs qui n'ont pas refusé l'entraînement de Meta AI deviennent responsables conjoints avec Meta. Sa conclusion : représenter de façon reconnaissable des personnes hors du cercle proche n'est pas admissible, sauf rares cas d'intérêt légitime. L'autorité a aussi trouvé, vides, des tables de données évoquant la reconnaissance faciale.

À Sydney, un homme a été condamné pour avoir harcelé son ex-compagne en pilotant sa Tesla à distance par l'application du constructeur. Enrico Pucci, 50 ans, a été condamné début septembre par le tribunal local de Parramatta à deux ans et trois mois de prison, dont 15 mois incompressibles, pour 30 infractions de violence conjugale, selon le Guardian. En novembre 2025, un mois après la rupture, il a utilisé l'application Tesla pour la harceler : profil de contrôle parental, mode voiturier limitant la vitesse à 40 km/h, températures extrêmes, sept tentatives de couper la recharge. Il n'a exploité aucune faille : la voiture avait été enregistrée à son nom, à sa demande. Il a fait appel.

Le compte Instagram @muse du groupe de rock Muse renvoie désormais vers le nouvel agent d'IA de Meta. Meta a lancé le 8 septembre Muse, un agent d'IA personnel réservé pour l'instant aux États-Unis, capable de se connecter à la messagerie, à l'agenda ou aux paiements de ses utilisateurs. Le 9 septembre, Next a constaté que le compte Instagram @muse, qui appartenait au groupe britannique et comptait 2,7 millions d'abonnés, pointait vers l'agent de Meta. Le groupe publie désormais sous @museband, adresse reprise sur son site officiel. Ni Meta ni le groupe n'ont commenté ; Meta n'a pas répondu à Futurism, qui lui demandait si le transfert avait été consenti ou rémunéré.

Meta est poursuivi en recours collectif pour avoir entraîné ses IA et un système de reconnaissance faciale sur les photos de Facebook et d'Instagram. La plainte a été déposée le 4 septembre devant le tribunal fédéral du district nord de l'Illinois par le cabinet Wexler Boley & Elgersma, pour Francisco Alvarez et son fils, en Illinois, et Jeremy Wahl et sa fille de dix ans, en Californie. Elle invoque la loi biométrique de l'Illinois et des textes californiens sur la vie privée et le droit à l'image, et vise le système de reconnaissance faciale NameTag ainsi que les modèles Emu et Muse Image. La classe couvre les images publiées depuis le 4 septembre 2021. Meta, cité par WIRED, juge la plainte sans fondement et affirme qu'elle dénature son travail.
L'ONG European Digital Rights a détaillé les faiblesses de confidentialité de l'outil européen de vérification d'âge. EDRi a publié le 7 septembre une analyse technique du dispositif que la Commission présente comme prêt et respectueux de la vie privée, avant la proposition d'interdiction des réseaux sociaux aux mineurs annoncée pour le discours sur l'état de l'Union. Selon EDRi, le modèle de référence de la Commission se contente d'entraver le recoupement des usages au lieu de l'empêcher, laisse facultatives les preuves à divulgation nulle de connaissance et autorise un même acteur à émettre les attestations et à gérer l'application. L'application danoise contient du code propriétaire, et chaque État membre développe sa propre version.

Signatures, robots et rédactions
Une journaliste de Cleveland.com a découvert sa signature sur un article qu'elle n'avait pas écrit, produit par le bureau automatisé du journal. Kaitlin Durbin, reporter aux affaires publiques du site du Plain Dealer (groupe Advance Local), a écrit le 7 septembre sur X qu'un article publié la semaine précédente, pendant son voyage de noces, portait son nom : « Je n'en ai ni écrit ni relu un mot, et il ne reprend rien de mes reportages antérieurs. » Le texte, consacré au départ du directeur juridique du comté de Cuyahoga, sortait du « Cleveland.com Express Desk », présenté comme recourant à des outils d'IA sous relecture humaine. Chris Quinn, éditeur, a parlé à Futurism d'une simple erreur due à un défaut de communication entre deux rédacteurs, corrigée dès le signalement.

Le Wall Street Journal a défendu la publication d'une tribune qu'un détecteur a classée comme entièrement écrite par IA. L'investisseur Stanley Druckenmiller a signé « Let the Bond Market Speak », parue le lundi 24 août, qui critiquait les interventions du secrétaire au Trésor Scott Bessent. L'économiste Claudia Sahm a publié un résultat de l'outil Pangram affirmant que « 100 % de ce texte est de l'IA ». Interrogé par NOTUS, Druckenmiller a reconnu avoir utilisé l'IA, tout en contestant que l'ensemble du texte vienne d'un modèle et en disant avoir écarté beaucoup de ses suggestions : « Je n'ai pas honte. » Paul Gigot, éditeur des pages opinion, a défendu ce choix en affirmant que « l'IA est un fait de la vie moderne ».
TIME a vendu pendant un mois des publicités destinées aux robots d'IA autorisés à lire ses pages. Depuis le 28 juillet, le magazine place sur les versions lisibles par machine de ses articles des encarts signalés comme sponsorisés, réservés aux quelque 70 robots qu'il laisse entrer, les autres se heurtant à un mur payant. Ally Bank et le Project Management Institute ont été les premiers annonceurs. Mark Howard, directeur des opérations de TIME, a expliqué le 10 septembre au podcast The Media Copilot que le site enregistre plus de renvois venus des IA que de citations, et en a déduit que les modèles conservent ce qu'ils aspirent. Aucun chiffre de recettes n'a été communiqué. Perplexity, partenaire de licence du magazine, a jugé ces encarts trompeurs.

L'outil d'IA d'un groupe favorable à la fusion Paramount-Warner Bros. Discovery a transformé un message d'opposition en message de soutien. Le 20 août, Rachel Antell, cofondatrice de l'Archival Producers Alliance, a demandé sur le site de Neighbors for Strong Communities au procureur général de Californie, Rob Bonta, de « bloquer la fusion ». Le brouillon généré lui faisait au contraire réclamer l'abandon de son opposition et lui prêtait un souvenir de précarité inventé, a-t-elle raconté le 4 septembre dans The Contrarian. Le groupe, constitué en juin, passe par Influent, prestataire d'IA fondé par son cofondateur Tanner Kelly, lobbyiste enregistré en Californie. Ses financeurs ne sont pas publics ; Warner Bros. Discovery a nié avoir financé ses SMS, Paramount n'a pas commenté.

Deux ans après la fermeture de CrowdTangle par Meta, des rédactions ont adopté Arbiter, un outil d'IA qui suit la propagation des récits sur les réseaux sociaux. Développé par SimPPL, organisation à but non lucratif cofondée en 2021 par Swapneel Mehta et Dhara Mungra, Arbiter analyse des publications de Facebook, Instagram, X, YouTube, TikTok, Reddit, Bluesky et 4chan, issues d'interfaces de programmation, de jeux de données universitaires et de sociétés de collecte automatisée. Il regroupe les messages par récit, extrait les affirmations et date leur émergence sur chaque plateforme. Deutsche Welle, Chequeado et Rappler l'utilisent depuis le début de l'année, gratuitement pendant les essais. « En tant que journaliste, vous voulez être en avance sur l'alerte », a déclaré Swapneel Mehta à Nieman Lab.

Souveraineté, alternatives, mégawatts
La Chancellerie fédérale suisse prévoit une bureautique libre pour environ 3 000 agents d'ici fin 2027, en parallèle de Microsoft 365. Le programme, lancé le 2 septembre, doit fournir messagerie, calendrier, documents, présentations, téléphonie et visioconférence reposant sur du code source ouvert, sous forme de solution autonome qui fonctionnera à côté de Microsoft 365. Cette première phase est chiffrée à environ 9 millions de francs, pris sur les moyens votés par le Parlement pour une plateforme souveraine suisse. L'étude de faisabilité, menée avec 172 participants, a relevé des limites lors des grandes visioconférences. Le communiqué ne nomme aucun logiciel ; selon heise, le rapport technique de l'Office fédéral de l'informatique qualifie openDesk d'alternative éprouvée.

L'EFF veut faire de la souveraineté numérique un levier pour les utilisateurs, pas seulement pour les États. Dans un texte publié le 9 septembre, Jillian C. York et Eva Galperin relèvent que le terme n'a pas de définition unique. Les deux autrices y voient l'occasion de bâtir des systèmes plus résilients et ouverts, et mettent en garde contre les États qui s'en servent pour fragmenter l'accès, comme l'Iran et la Russie. Elles réclament un soutien public aux logiciels libres, au chiffrement sans porte dérobée et à la portabilité des données. « Il n'y a aucun intérêt à remplacer l'influence de quelques entreprises technologiques, pour la plupart américaines, par une poignée de géants basés ailleurs », écrivent-elles.

Arlequin AI, jeune entreprise parisienne d'analyse de données, a levé 28 millions d'euros en série A. Le tour, annoncé le 10 septembre, a été mené conjointement par le fonds suisse redalpine et le polonais OTB Ventures, avec le Fonds Innovation Défense de Bpifrance, Xavier Niel et les investisseurs déjà présents Vsquared Ventures et 10x Founders. Fondée en 2024 par Hugo Micheron, chercheur en sciences politiques spécialiste du djihadisme, et Antoine Jardin, ancien ingénieur de recherche au CNRS, l'entreprise développe des réseaux de neurones topologiques pour repérer des relations cachées dans de grands volumes de données. Elle avait levé 4,4 millions d'euros en juin 2025. Dans ses annonces de recrutement, Arlequin se présente comme « l'alternative européenne souveraine à Palantir », selon FrenchWeb.

Privé du nom Twitter par la justice, le service Twitter.now a été rebaptisé Tweet.app. Saisi par X Corp, le juge Colm F. Connolly, du tribunal fédéral du district du Delaware, a accordé début septembre une injonction préliminaire qui interdit à la jeune entreprise Operation Bluebird d'utiliser le nom Twitter et huit marques associées. Il a en revanche refusé de bloquer le mot tweet et le logo de l'oiseau, en estimant que X les avait probablement abandonnés. Operation Bluebird, dirigée par l'ancien juriste de Twitter Stephen Coates, a aussitôt changé de nom. Elle revendique plus de 172 000 demandes d'identifiants avant son lancement. La décision reste provisoire, le litige se poursuit sur le fond.

Les constructeurs automobiles installés aux États-Unis ont demandé au Congrès d'interdire définitivement les véhicules connectés chinois. Dans une lettre du 3 septembre aux quatre chefs de file du Congrès, l'Alliance for Automotive Innovation a réclamé une interdiction permanente de la vente, de l'importation et de la fabrication de véhicules, logiciels et matériels connectés chinois avant la fin de la législature. Son président, John Bozzella, y invoque des véhicules capables de transmettre des données sensibles des consommateurs au Parti communiste chinois, ainsi qu'une priorité de sécurité nationale. La lettre appuie notamment le Connected Vehicle Security Act, approuvé en juillet par la commission du Commerce du Sénat. Sur Techdirt, Karl Bode rappelle que les constructeurs américains vendent eux-mêmes les données de conduite de leurs clients.

Google a réservé jusqu'à la moitié de la capacité de la centrale nucléaire finlandaise de Loviisa jusqu'en 2049. L'énergéticien Fortum a annoncé le 9 septembre un contrat d'achat d'électricité de 22 ans avec Google : il démarre en 2028 à capacité réduite, puis couvre 50 % de la capacité de la centrale de 2030 à 2049. Le prix n'a pas été publié. Selon Fortum, le contrat apporte la visibilité économique nécessaire pour prolonger la centrale jusqu'en 2050, alors que 700 millions d'euros de dépenses attendent encore une décision d'investissement. Selon Google, sans ce programme, la centrale, qui fournit 10 % de l'électricité finlandaise, ne pourrait pas fonctionner au-delà de 2030. Google a annoncé le même jour au moins 13 milliards d'euros d'investissements en Finlande pour 2027 et 2028.

Build American AI a lancé une campagne publicitaire en faveur des data centers au Kansas, dans l'Ohio et dans le Wisconsin. Cette organisation à but non lucratif a annoncé fin août une campagne de plusieurs millions de dollars, dont le montant exact n'a pas été publié, qui combine publicité payante, mobilisation de terrain, recherche et relations presse. Elle dispose d'environ 50 millions de dollars de trésorerie, selon Bisnow. Elle est affiliée au super PAC Leading the Future, financé notamment par les investisseurs Marc Andreessen et Ben Horowitz et par le président d'OpenAI, Greg Brockman. Elle a aussi créé un bras politique, Building the Future, pour soutenir des candidats aux élections de novembre.

Institutions, écoles, directions
L'entretien de Jimmy Kimmel avec le candidat démocrate James Talarico a été privé d'antenne sur ABC, par crainte de la FCC. Le mercredi 9 septembre, Jimmy Kimmel a annoncé que son entretien du lendemain avec James Talarico, candidat démocrate au Sénat au Texas, serait publié sur YouTube et non diffusé à la télévision, « par égard pour toutes nos stations locales, en particulier nos affiliés ABC au Texas ». En cause : l'obligation d'égalité du temps d'antenne, dont un avis de la FCC du 21 janvier exclut les programmes « motivés par des fins partisanes ». ABC n'a pas commenté ; la Maison Blanche a nié toute menace de Brendan Carr, président de la FCC. En février, CBS avait déjà écarté un entretien de Talarico chez Stephen Colbert.

La CFTC a ouvert trois enquêtes jusque-là inconnues sur des paris Polymarket, selon des documents obtenus par WIRED. Des procès-verbaux de vote de la Commodity Futures Trading Commission, le régulateur américain des marchés à terme, obtenus grâce à la loi sur la liberté d'information et publiés le 11 septembre, montrent que son président, Michael Selig, a autorisé trois enquêtes non publiques : début mai, sur de possibles délits d'initié autour des grâces accordées par Joe Biden ; fin mai, sur des contrats liés à l'Iran ; en juillet, sur des paris portant sur le classement Google « Year in Search » 2025. Les documents ne précisent pas les transactions visées. La CFTC n'a pas répondu sur l'état des enquêtes.

Après la victoire de l'AfD en Saxe-Anhalt, les ministres de l'Intérieur allemands ont discuté de limiter l'accès du Land au renseignement. L'AfD a obtenu 43,8 % des secondes voix aux élections régionales du 6 septembre, contre 17,2 % pour la CDU, selon le résultat provisoire officiel, mais il lui manque trois sièges pour gouverner seule. Aucun gouvernement n'a encore été formé. Dans ce Land, l'Office de protection de la Constitution est un département du ministère de l'Intérieur. Par crainte de fuites vers la Russie et d'une exposition des informateurs, les ministres de l'Intérieur du Bund et des Länder se sont réunis le 8 septembre ; selon Bild, ils ont convenu de restreindre l'accès du Land au système commun Nadis. Le président de leur conférence, Andy Grote, a contesté ces informations.

Dans le stage d'admission d'Alpha School, des lycéens sont branchés à un cardiofréquencemètre devant la classe pendant une vidéo où leurs parents les critiquent. Benjamin Riley a publié le 8 septembre une enquête fondée sur les publications publiques de plus de 40 comptes d'élèves de ce réseau américain d'écoles privées, qui vend un enseignement piloté par l'IA. Son « bootcamp » de huit semaines impose de rester à moins de 10 % de son rythme cardiaque de repos pendant la vidéo, mais aussi d'ouvrir un compte X et d'y gagner 100 abonnés, ou d'accomplir un travail non payé en se filmant. L'école a d'abord jugé ces descriptions fausses sans répondre point par point, puis a mis en ligne un site qui détaille et justifie ses épreuves.

En Australie, plus de la moitié des étudiants visés par une enquête pour fraude académique ont présenté une anxiété extrêmement sévère. Guy Curtis (Université d'Australie-Occidentale) et Amanda White (Université de technologie de Sydney) ont interrogé en 2024 771 étudiants de deux universités australiennes, dont 22 avaient fait l'objet d'une enquête pour manquement à l'intégrité académique. Parmi ces 22, plus de la moitié présentaient une anxiété dans les 2 % de scores les plus élevés de la population, la moitié des symptômes dépressifs sévères, et trois seulement des niveaux normaux, ont-ils indiqué le 7 septembre. L'étude ne distingue ni les accusations liées à l'IA ni les accusations infondées ; les auteurs ont recommandé de ne pas engager de procédure sur des preuves peu fiables.

Placé en congé forcé par le conseil d'Automattic, Matt Mullenweg a récupéré la direction de l'entreprise trois jours plus tard. Le mercredi 9 septembre, le conseil d'administration d'Automattic, maison mère de WordPress.com et de Tumblr, a voté la mise en congé rémunéré de son PDG et confié l'intérim au directeur financier, Mark Davies. Moins de 48 heures plus tard, Matt Mullenweg a écrit sur le Slack interne que le conseil était « de nouveau d'accord » et qu'il avait « le contrôle d'Automattic ». Le 12 septembre, Automattic a confirmé qu'il était « président et PDG d'Automattic, avec le plein soutien du conseil ». Les motifs de la tentative d'éviction n'ont pas été rendus publics.

Le reste, à prendre ou à laisser
La Cour des comptes européenne a jugé fragmentée la lutte de l'UE contre le tabac illicite ; son rapporteur a évoqué l'usage de l'IA par les réseaux criminels. Présenté le 8 septembre, le rapport spécial 23/2026 a repris l'estimation de la Commission : 13 milliards d'euros de pertes annuelles pour les budgets de l'UE et des États membres. Il a évalué le tabac illicite à 8,8 % de la consommation de cigarettes en 2023 et a relevé un déplacement de la production d'Ukraine vers l'UE. En conférence de presse, Petri Sarvamaa, membre de la Cour, a affirmé que l'IA aidait les gangs à trouver des sites de production ruraux plus proches de leurs marchés. Le rapport écrit, lui, ne mentionne pas l'IA.

Un docteur en biologie affirme avoir synthétisé dans son garage un candidat médicament contre la schizophrénie conçu par ChatGPT. Douglas Yao, qui se présente sur son site comme docteur en biologie computationnelle de Harvard, a affirmé sur X avoir fabriqué, dans un laboratoire de chimie installé dans son garage, une molécule baptisée PAC-3310 et conçue par ChatGPT. Selon Futurism, il la décrit comme un agoniste sélectif du récepteur muscarinique M4 destiné à traiter la schizophrénie, amélioré par rapport au Cobenfy. Il dit avoir conçu des milliers de molécules avec l'IA, en avoir synthétisé une centaine et les tester sur des cellules et des souris. Futurism ne rapporte aucun résultat et ne cite aucun spécialiste.

Des chercheurs australiens ont équipé des blattes géantes d'électrodes, de caméras et d'injecteurs pour secourir des personnes coincées sous des décombres. L'équipe du laboratoire de biorobotique de l'université du Queensland, avec des ingénieurs biomédicaux de l'université de Nouvelle-Galles du Sud, a publié ses travaux dans la revue Advanced Science. Des blattes fouisseuses géantes d'environ 40 grammes, pilotées par des électrodes implantées dans leurs antennes et leurs cerques, portent soit une caméra, soit un injecteur télécommandé. Lors d'essais de validation de concept menés en laboratoire, l'injection à moins de 15 centimètres de la cible a réussi dans 95 % des cas, et la séquence complète de navigation et d'injection dans 72 % des essais. L'université évoque un déploiement possible d'ici cinq à dix ans.

Backstage
C'est la rentrée à l'IHECS, et elle est chargée. L'école s'installe dans un tout nouveau bâtiment sur le site Mediapark, à Reyers, dévoile une nouvelle identité graphique demain lundi, roulement de tambour compris, et lance un tout nouveau parcours Innovation et entrepreneuriat. Je te raconte tout ça dans un billet, dans le courant de la semaine. CAN'T WAIT 🚀😎
Autre chose : Reporterre a publié le 11 septembre Quitter Gmail, ils l'ont fait : les conseils pour le grand saut, où je raconte mon propre Googlexit. Merci pour la mention 🙂 et si certain.e.s hésitent encore et que je peux être utile, n'hésitez pas à m'envoyer un petit mp, ça sera avec plaisir.
Je m'appelle Damien Van Achter, Je suis journaliste, prof et consultant en innovation et en entrepreneuriat média. Depuis 2005, j'analyse comment fonctionnent nos systèmes informationnels et les enjeux démocratiques qu'ils engendrent.
Au cours du temps, j'ai développé des outils d'analyse qui repèrent les pièges tendus par les entreprises de la tech et certains états, et j'explore des pistes pour en sortir, de manière constructive et avec discernement.
J'explique ici ma démarche, inspirée notamment des travaux de l'historien Timothy Snyder, comment ces analyses sont produites techniquement et humainement, ainsi que leurs limites.
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