Fusion des fichiers fédéraux US : quand l'État devient prédateur

L'interconnexion accélérée des bases de données américaines transforme des citoyens en suspects. Leonardo Garcia Venegas, citoyen US, arrêté deux fois malgré ses papiers : la technologie devient arme de contrôle social.

29 déc. 2025
Fusion des fichiers fédéraux US : quand l'État devient prédateur
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L’inquiétante fusion des fichiers fédéraux américains: quand les données deviennent des armes
Fichiers croisés, libertés menacées : quand le DHS traque les migrants avec vos données L’administration Trump fusionne les bases de données fédérales américaines pour renforcer sa politique migratoire. Sécurité sociale, Medicare, registres électoraux : tout converge vers le Département de la Sécurité intérieure. Problème majeur : au moins 170 citoyens américains ont déjà été détenus par erreur en 2025. Les personnes naturalisées sont particulièrement vulnérables, leurs fichiers reflétant encore leur ancien statut migratoire. Aucun mécanisme de rectification n’existe. WIRED documente un système où même présenter des papiers en règle ne protège plus de l’arrestation. #DroitsHumains #Surveillance #Données #Immigration

Comme l'explique Philippe Hensmans, ancien directeur d'Amnesty International Belgique, cette enquête de WIRED révèle un basculement majeur dans l'usage des données par l'État américain. Depuis avril 2025, l'administration Trump fusionne massivement les fichiers fédéraux : inscriptions électorales intégrées à la base SAVE du DHS, partage des données de Sécurité sociale et de Medicare pour le contrôle migratoire. Le résultat ? Des citoyens comme Leonardo Garcia Venegas, arrêté deux fois malgré sa carte d'identité, pris dans un système qui ignore délibérément leurs droits.

Ce qui frappe, c'est la dimension technique du problème. Les données ne sont pas conçues pour ces usages : une personne naturalisée garde son ancien numéro de sécurité sociale et peut apparaître comme « étrangère » dans les fichiers. Aucun mécanisme de rectification n'existe. Pire, l'article révèle que même quand la technologie fonctionne correctement, les agents peuvent ignorer les preuves de citoyenneté. Un superviseur aurait déclaré que l'administration Biden avait commis « trop d'erreurs » pour que les papiers soient fiables.

L'avocat Jared McClain expose crûment la logique du système : les heures de détention illégale de citoyens constituent un « coût nécessaire » des quotas d'expulsion. La vitesse d'exécution aggrave tout : quelqu'un peut se retrouver menotté, transporté à plusieurs États de distance en quelques heures, sans recours. Au moins 170 citoyens américains ont été détenus par les autorités migratoires en neuf mois. L'intégration des registres électoraux ouvre même la possibilité d'un ciblage partisan des citoyens naturalisés.

Points de vigilance : Confusion entre technologie défaillante et usage délibérément abusif ; risque de débat purement technique qui masque les choix politiques

9/10 : Score sur l'échelle des "5 piliers de la liberté", inspiré de l'ouvrage de Timothy Snyder
Framework: Les 5 piliers de la Liberté
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Et maintenant ?

Face à ces enjeux, plusieurs pistes d'action systémique se dessinent.

🤘 Créer des coalitions de vérification citoyenne entre organisations de défense des droits civiques, syndicats d'avocats et associations d'élus locaux.

L'affaire Garcia Venegas révèle un angle mort : les citoyens n'ont aucun recours préventif pour vérifier leur statut dans les bases interconnectées. Une coalition pourrait développer des outils de transparence algorithmique permettant aux citoyens de consulter leurs données fédérales croisées, à l'image du « dossier administratif unique » français mais en version défensive. Les avocats spécialisés pourraient systématiser les recours collectifs, créant une jurisprudence dissuasive sur les coûts de la détention illégale.

On saura que ça marche quand des dizaines de procès simultanés créeront une pression financière sur les agences fédérales, et quand les premiers outils citoyens de vérification de statut seront déployés à l'échelle d'États entiers.

💪 Transformer l'interconnexion des données en bataille de standards techniques ouverts au niveau des États fédérés.

Puisque le problème vient de l'absence de mécanismes de rectification, les États peuvent imposer leurs propres standards d'interopérabilité. La Californie ou New York pourraient exiger que toute base fédérale utilisée sur leur territoire respecte des protocoles de mise à jour en temps réel et de traçabilité des corrections. Cela créerait une fragmentation technique coûteuse pour le fédéral, l'obligeant soit à négocier, soit à renoncer à certains usages abusifs.

On saura que ça marche quand les premiers États adopteront des « lois de conformité des données fédérales » et quand les coûts de maintenance de multiples versions techniques pèseront sur les budgets du DHS.

Développer une stratégie de « santés numériques » communautaires qui documente massivement les abus.

L'exemple des 170 citoyens détenus en 9 mois révèle un sous-signalement massif. Des réseaux communautaires, notamment dans les zones à forte population naturalisée, pourraient systématiser la documentation des contrôles abusifs via des applications mobiles sécurisées. L'objectif : créer une base de données alternative qui révèle l'ampleur réelle du profilage, rendant impossible le déni politique. Cette stratégie de « contre-surveillance » citoyenne pourrait s'appuyer sur des partenariats avec les médias locaux et les universités pour l'analyse des données.

On saura que ça marche quand les premières cartes de « zones de contrôle abusif » seront publiées et quand les statistiques alternatives contraindront les médias nationaux à réviser leurs estimations officielles.


Ces pistes ne sont pas des recettes toutes faites, mais des points d'entrée pour repenser nos systèmes numériques selon une logique de liberté positive : non pas limiter, mais augmenter nos capacités collectives d'action.

Si tu connais des exemples réels qui vont dans ce sens — ou des contre-exemples qui méritent d'être documentés — partage-les moi et documentons les ensemble !

Cinq piliers pour prendre soin de nos libertés numériques