
L'administration danoise tourne sur Microsoft. Ses données sont chez Oracle. Son cloud dépend d'Amazon. Doctorow part de ce constat pour poser une question inconfortable : que se passerait-il si les États-Unis décidaient de couper le robinet ?
Le scénario qu'il déroule est hypothétique. Dans le cas du Groenland, il imagine que Trump n'aurait même pas besoin de chars — il lui suffirait de demander à Microsoft et Oracle de couper l'accès aux services numériques dont dépend l'État danois. Ce n'est pas une menace formulée par Trump. C'est une capacité latente, rendue possible par des choix d'infrastructure faits il y a quinze ans.
Mais les éléments qui rendent ce scénario crédible, eux, sont documentés. Trump a sanctionné des officiels européens ayant participé à la rédaction du DSA. Il a ordonné à des entreprises tech de transmettre les communications privées de responsables européens. Et les géants américains refusent ouvertement de se conformer au DMA et au DSA.
"The best time to get shut of the American internet was 15 years ago. The second best time is right fucking now."
— Cory Doctorow
Ce qui complique la sortie, selon Doctorow, c'est le biais du statu quo : personne ne veut lâcher la liane à laquelle il s'accroche avant d'en avoir attrapé une autre. Les initiatives existent pourtant — Eurostack, le Consortium européen d'infrastructure numérique (EDIC). Mais pendant que ces projets avancent, une partie de la Commission européenne propose de « dialoguer » avec Washington sur l'application des textes européens.
Points de vigilance
L'article ne précise pas le calendrier réaliste d'une migration des administrations européennes vers des infrastructures indépendantes, ni les coûts associés. La tension reste entière : construire l'alternative prend du temps, et le temps est précisément ce que la pression américaine réduit.
Et maintenant ?
- Accélérer Eurostack par coalition États-entreprises-société civile
Des initiatives comme Eurostack et l'EDIC posent les bases d'une infrastructure numérique européenne. La question est de savoir si les États européens peuvent coordonner des investissements à l'échelle nécessaire — et si les entreprises européennes du cloud peuvent absorber la demande.
- Rendre visible le coût de la dépendance
Doctorow montre que le biais du statu quo maintient l'inertie. Une piste : documenter précisément, administration par administration, le degré de dépendance aux services américains et les risques associés. Rendre le coût de l'inaction plus concret que celui de la migration.
- Maintenir l'application du DMA et du DSA
Le refus de conformité des géants tech américains et les pressions de l'administration Trump testent la solidité des textes européens. L'enjeu : savoir si les institutions européennes appliqueront leurs propres lois sous pression extérieure.
8/10 : Score sur l'échelle des "5 piliers de la liberté", inspiré de l'ouvrage de Timothy Snyder
Mise à jour du 9 avril 2026 : reformulation de l'article après signalement d'un lecteur. La version initiale présentait le scénario hypothétique de Doctorow (« briquer » le Danemark) comme une menace formulée par Trump. Cette distinction entre hypothèse analytique et fait rapporté est fondamentale. Détails dans le journal des corrections.

Ces pistes ne sont pas des recettes toutes faites, mais des points d'entrée pour repenser nos systèmes numériques selon une logique de liberté positive : non pas limiter, mais augmenter nos capacités collectives d'action.
Le règlement européen sur l'IA exclut explicitement la sécurité nationale de son périmètre. En Belgique, aucun cadre législatif ne régit aujourd'hui l'utilisation de l'intelligence artificielle par la Défense ou la Police fédérale. La pétition déposée à la Chambre demande trois choses concrètes : un inventaire des systèmes IA déjà déployés, des standards nationaux minimaux, et un positionnement parlementaire sur la surveillance de masse et les armes autonomes.
Comment agir ? La pétition nécessite 25 000 signatures, réparties entre la Flandre, la Wallonie et Bruxelles, pour déclencher un examen parlementaire. C'est un mécanisme démocratique existant — il suffit de l'activer. Signer prend moins d'une minute sur le site de la Chambre

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