L'Europe peut-elle créer ses propres géants de la défense numérique ?

Louise Boucher, 31 ans, a créé le premier fonds européen dédié à la 'new defense'. Son pari : l'Europe peut rivaliser avec Palantir et Anduril, mais pas par protectionnisme.

16 avr. 2026
L'Europe peut-elle créer ses propres géants de la défense numérique ?
Louise Boucher, à la conquête des futurs géants de la défense - OpexNews
Pour la fondatrice du fonds Sisyphus Ventures, la souveraineté ne suffit pas pour bâtir des champions européens de la défense. Entretien.

Cette interview révèle un basculement majeur dans l'écosystème tech européen. Louise Boucher a créé Sisyphus Ventures en 2025, premier fonds européen entièrement dédié à la 'new defense', avec 20 millions d'euros en cours de levée. Son constat est brutal : en 2022, investir dans la défense était encore tabou en Europe, les débats éthiques paralysaient les décisions, pendant que des start-ups américaines comme Anduril décrochaient des contrats face aux géants établis.

"Il ne faut pas se cacher derrière le mot souveraineté en se disant 'je vais faire un Palantir européen et gagner mes contrats parce que je suis européen'. L'objectif doit être de faire aussi bien qu'eux, voire mieux."

— Louise Boucher, Fondatrice, Sisyphus Ventures

Le conflit ukrainien a tout changé : plus de 30 fonds dédiés à la défense ont été créés en France en 2025, soit plus qu'en trente ans. Mais Boucher refuse le piège du protectionnisme technologique. Sa thèse est claire : 'Le client choisira toujours le meilleur produit au meilleur prix. Si Palantir est choisi, c'est avant tout parce que c'est un excellent produit.' L'enjeu n'est pas de créer un 'Palantir européen' protégé par la souveraineté, mais de faire aussi bien, voire mieux. Cette approche pragmatique pourrait redéfinir la compétition technologique mondiale.

Points de vigilance

Risque de reproduire les asymétries de pouvoir américaines si l'Europe se contente de copier sans innover. La performance technique ne garantit pas la souveraineté démocratique.

Et maintenant ?

  • 🤘 Créer un consortium européen d'investisseurs spécialisés en défense tech

Fédérer les fonds émergents (Sisyphus, autres) avec des institutionnels pour mutualiser l'expertise sectorielle et créer un écosystème de financement cohérent. Éviter la dispersion des 30+ fonds créés en 2025 qui peinent à lever individuellement.

→ On saura que ça marche quand les start-ups européennes de défense lèveront des tours de table comparables aux américaines avec des investisseurs européens en lead.

  • 🤘 Organiser des coalitions d'achat public européen pour la tech de défense

Coordonner les commandes publiques de plusieurs pays européens pour créer un marché suffisant aux start-ups locales. Reproduire le modèle SpaceX/NASA mais à l'échelle européenne, avec des contrats publics qui permettent l'émergence de champions.

→ On saura que ça marche quand une start-up européenne décrochera un contrat multi-pays de plus de 100 millions d'euros face à un concurrent américain établi.

  • 💪 Rejoindre les conseils d'administration de fonds généralistes pour évangéliser la défense

Les professionnels du secteur peuvent intégrer les boards de fonds traditionnels pour faire évoluer les critères ESG et débloquer les investissements. Reproduire la stratégie de Boucher chez Frst : convaincre de l'intérieur plutôt que créer en parallèle.

→ On saura que ça marche quand les grands fonds européens généralistes auront tous au moins un investissement défense dans leur portfolio.


8/10 : Score sur l'échelle des "5 piliers de la liberté", inspiré de l'ouvrage de Timothy Snyder
Framework #FLTR — Note méthodologique
Protocole de production et de publication dont la ligne éditoriale est codée dans l’ADN-même du projet. Cette architecture auto-apprenante transforme une intention humaine en contraintes techniques, imposées tant aux outils d’intelligence artificielle qu’aux humains qui les entrainent, et vice-versa

Ces pistes ne sont pas des recettes toutes faites, mais des points d'entrée pour repenser nos systèmes numériques selon une logique de liberté positive : non pas limiter, mais augmenter nos capacités collectives d'action.

Le règlement européen sur l'IA exclut explicitement la sécurité nationale de son périmètre. En Belgique, aucun cadre législatif ne régit aujourd'hui l'utilisation de l'intelligence artificielle par la Défense ou la Police fédérale. La pétition déposée à la Chambre demande trois choses concrètes : un inventaire des systèmes IA déjà déployés, des standards nationaux minimaux, et un positionnement parlementaire sur la surveillance de masse et les armes autonomes.

Comment agir ? La pétition nécessite 25 000 signatures, réparties entre la Flandre, la Wallonie et Bruxelles, pour déclencher un examen parlementaire. C'est un mécanisme démocratique existant — il suffit de l'activer. Signer prend moins d'une minute sur le site de la Chambre

56_2025-2026/60 - IA militaire en Belgique : transparence et règles — demande de contrôle parlementaire - 56_2025-2026/60 - IA militaire en Belgique : transparence et règles — demande de contrôle parlementaire - Pétitions - Petities
L’AI Act européen exclut la sécurité nationale de son champ. Aucun texte belge n’encadre donc l’usage de l’IA par la Défense nationale et la Police fédérale.Je demande à la Chambre d’adopter une résolution pour :(1) obtenir du gouvernement un état des lieux des systèmes IA déployés et de leurs garanties contractuelles ; (2) fixer des règles nationales minimales ; et (3) se prononcer sur l’usage de l’IA pour la surveillance de masse et les armes sans supervision humaine.

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