
Cette enquête de la BBC révèle une réalité troublante : nos centres commerciaux se transforment en zones de surveillance généralisée. Les retailers, des chaînes aux petits commerces, déploient massivement l'IA anti-vol : scans corporels, reconnaissance faciale, CCTV intelligente. L'objectif affiché ? Identifier les vols à l'étalage. La réalité ? Des « listes noires électroniques » qui tracent et catégorisent les citoyens à leur insu.
Ce qui frappe, c'est l'asymétrie informationnelle totale. Les défenseurs des libertés civiles dénoncent des « listes de surveillance secrètes » qui bannissent électroniquement les gens de leurs propres rues commerçantes. Les citoyens ignorent s'ils sont fichés, pourquoi, par qui, et n'ont aucun recours. Le gouvernement britannique botte en touche : « c'est légal, mais ça doit respecter la protection des données ».
L'enquête montre comment un simple bureau de poste indépendant peut désormais vous scanner, vous profiler, vous classer. Ce qui se joue ici dépasse largement la lutte anti-vol : c'est l'émergence d'un panoptique commercial où chaque sortie devient un audit biométrique potentiel, où l'innocence se prouve face à des algorithmes opaques.
Points de vigilance : Faux débat sécuritaire (vol vs liberté), légalité théorique vs transparence réelle, protection des données sans recours effectif
7/10 : Score sur l'échelle des "5 piliers de la liberté", inspiré de l'ouvrage de Timothy Snyder

Et maintenant ?
Face à ces enjeux, plusieurs pistes d'action systémique se dessinent.
🤘 Créer un droit collectif à la transparence algorithmique commerciale.
Plutôt que de subir des « listes noires secrètes », on pourrait imaginer une obligation légale pour tout commerce utilisant l'IA de surveillance de publier ses critères de détection, ses seuils d'alerte, et de permettre une consultation citoyenne de son propre profil. Cela nécessiterait une alliance entre associations de consommateurs, syndicats de commerçants éthiques et régulateurs pour définir des standards de transparence contraignants. L'enjeu : transformer le rapport de force en créant une « redevabilité algorithmique » où les citoyens peuvent contester leur profilage.
On saura que ça marche quand les commerces devront afficher clairement leurs systèmes d'IA comme ils affichent leurs caméras, et quand les premières contestations citoyennes de profilages feront jurisprudence.
💪 Développer des coalitions « commerce équitable numérique » qui créent une certification alternative.
Face à la surveillance généralisée, certains commerçants pourraient choisir la différenciation par la protection de la vie privée. Une alliance entre petits commerçants indépendants, ONG privacy et consommateurs conscients pourrait créer un label « commerce sans surveillance » avec des pratiques alternatives : agents de sécurité humains, technologies non-invasives, politique de données explicite. Cette certification créerait un avantage concurrentiel pour les commerces respectueux et permettrait aux citoyens de voter avec leur portefeuille.
On saura que ça marche quand les premiers quartiers « privacy-friendly » émergent comme argument de marketing territorial, et quand les grandes chaînes commencent à proposer des « modes shopping privé ».
✊ Instituer des audits citoyens collaboratifs des systèmes de surveillance commerciale.
Plutôt que de subir l'opacité, on pourrait créer des brigades de « testeurs » citoyens formés à identifier et documenter les technologies de surveillance dans l'espace public commercial. Ces données alimenteraient une cartographie collaborative accessible (style OpenStreetMap) permettant aux citoyens de choisir leurs parcours urbains en connaissance de cause. Cette initiative pourrait fédérer hacktivistes, associations de quartier et chercheurs en surveillance studies pour créer une contre-expertise citoyenne.
On saura que ça marche quand les premières cartes collaboratives de surveillance commerciale influencent les habitudes de consommation, et quand les commerçants commencent à modérer leurs pratiques par peur du « name and shame ».
Ces pistes ne sont pas des recettes toutes faites, mais des points d'entrée pour repenser nos systèmes numériques selon une logique de liberté positive : non pas limiter, mais augmenter nos capacités collectives d'action.
Si tu connais des exemples réels qui vont dans ce sens — ou des contre-exemples qui méritent d'être documentés — partage-les en commentaires et discutons-en ensemble sur Discord !
Cinq piliers pour prendre soin de nos libertés numériques


