L'IA franchit le seuil des 5h : quand l'exponentielle devient super-exponentielle

METR révèle que Claude peut désormais accomplir des tâches de 5h avec 50% de succès. Au-delà du chiffre, c'est la trajectoire qui compte : le doublement s'accélère, passant de 7 à 4 mois. Nous entrons dans une zone d'incertitude systémique.

29 déc. 2025
L'IA franchit le seuil des 5h : quand l'exponentielle devient super-exponentielle
Photo by Luke Jones / Unsplash
My honest field notes on the super-exponential + why “I’ll catch up later” is now the riskiest bet
Watch now | Yes, I’m the person who spends 20 minutes writing specs before delegating a 2-hour tasks. This piece gets at why that 20 minutes is worth it.

Cette analyse de METR sur les capacités d'IA révèle un basculement discret mais majeur. Claude Opus 4.5 réussit désormais à 50% des tâches qui prendraient 5 heures à un humain. Mais ce qui frappe, c'est moins le chiffre que la dynamique : depuis 2019, cet horizon double tous les 7 mois, et cette période se compresse désormais vers 4 mois. Nous ne sommes plus sur une courbe exponentielle, mais super-exponentielle.

L'auteur pointe un angle mort crucial : pendant que certains célèbrent et d'autres relativisent les marges d'erreur, tous ratent l'essentiel. Si cette trajectoire se maintient, nous atteignons 10 heures au printemps, 20 en été, une semaine complète à l'automne. Ce qui nous place dans ce que l'article appelle le « gap 50%/80% » : cette zone d'incertitude où l'IA peut accomplir des tâches complexes mais de façon imprévisible.

Ce gap révèle un enjeu de souveraineté majeur : comment garder le contrôle sur des systèmes dont les capacités évoluent plus vite que notre compréhension ? L'article évoque une boucle récursive troublante où les IA s'entraînent entre elles, accélérant potentiellement des dynamiques que l'extrapolation historique ne peut plus capturer. Nous entrons dans une zone d'imprévisibilité systémique où nos cadres d'évaluation traditionnels deviennent obsolètes.

Points de vigilance : Focalisation excessive sur les métriques ponctuelles au détriment des dynamiques d'évolution ; illusion de maîtrise dans le gap 50%/80% ; extrapolation linéaire d'un phénomène super-exponentiel

7/10 : Score sur l'échelle des "5 piliers de la liberté", inspiré de l'ouvrage de Timothy Snyder
Framework: Les 5 piliers de la Liberté
Depuis 20 ans, j’accompagne les équipes éditoriales (formation) et les ressources humaines (management) dans des projets où rigueur, agilité et pertinence cohabitent pour mettre en place des workflows et produire des contenus les plus utiles, accessibles et fiables possible. Au gré de mes missions, j’ai développé des outils pour m’aider

Et maintenant ?

Face à ces enjeux, plusieurs pistes d'action systémique se dessinent.

🤘 Créer des observatoires citoyens de l'évolution des capacités IA, avec méthodologies transparentes et reproductibles.

Face à l'accélération décrite par METR, nous avons besoin d'institutions indépendantes qui documentent en temps réel les seuils de capacité franchis, au-delà des benchmarks d'entreprise. Ces observatoires pourraient associer chercheurs, journalistes techno, et représentants sectoriels pour créer une cartographie partagée des basculements en cours. L'enjeu n'est pas de ralentir l'innovation mais de démocratiser la compréhension de sa trajectoire.

On saura que ça marche quand les médias citeront ces observatoires plutôt que les seuls communiqués d'entreprise, et quand les décideurs publics s'appuieront sur leurs données pour légiférer.

💪 Développer des 'stress tests' sectoriels pour anticiper les impacts du gap 50%/80%.

Si l'IA devient capable de réaliser 50% des tâches de 20h d'ici l'été, quels métiers basculent ? Quelles compétences deviennent critiques ? Plutôt que subir ces transitions, des coalitions sectorielles (syndicats + patronat + formateurs) pourraient simuler différents scénarios d'évolution et co-construire des stratégies d'adaptation. Ces stress tests permettraient d'identifier les goulots d'étranglement avant qu'ils ne se cristallisent en crises sociales.

On saura que ça marche quand les accords de branche intégreront des clauses d'évolution technologique, et quand les formations anticipatives devanceront les disruptions plutôt que de les subir.

Instituer un droit à l'explicabilité des seuils de délégation dans les organisations.

Dans le gap 50%/80%, la question cruciale devient : qui décide qu'une tâche peut être déléguée à l'IA, selon quels critères ? Les salariés ont besoin de transparence sur ces arbitrages qui redéfinissent leurs périmètres professionnels. Cela pourrait passer par des comités mixtes (direction + représentants du personnel + experts IA) qui établissent des grilles d'évaluation transparentes et évolutives, avec possibilité de recours collectif.

On saura que ça marche quand les accords d'entreprise incluront des volets 'gouvernance IA' négociés, et quand les salariés disposeront d'outils d'audit des décisions de délégation.


Ces pistes ne sont pas des recettes toutes faites, mais des points d'entrée pour repenser nos systèmes numériques selon une logique de liberté positive : non pas limiter, mais augmenter nos capacités collectives d'action.

Si tu connais des exemples réels qui vont dans ce sens — ou des contre-exemples qui méritent d'être documentés — partage-les en commentaires et discutons-en ensemble sur Discord !

Cinq piliers pour prendre soin de nos libertés numériques