Nvidia capture l'écosystème IA par des deals croisés à 20 milliards

L'accord Nvidia-Groq révèle une stratégie de verrouillage systémique : financer ses clients pour garantir l'usage de ses puces, créant une dépendance structurelle dans l'infrastructure IA mondiale.

30 déc. 2025
Nvidia capture l'écosystème IA par des deals croisés à 20 milliards
Photo de Mariia Shalabaieva sur Unsplash
🔴 Nvidia a‑t‑il déjà gagné ?
Avec l’acquisition de Groq, la société leader de l’IA va là où on l’attend mais aussi là où on ne l’attend pas. Décryptage.

Ce qui frappe dans cette analyse de l'accord Nvidia-Groq, c'est la sophistication du mécanisme de capture. Nvidia ne se contente plus de vendre des puces : l'entreprise finance directement ses clients (Anthropic, OpenAI) via des accords croisés avec Google et Amazon, garantissant ainsi l'utilisation de ses composants en 2026. Cette stratégie d'« acquihire inversé » transforme un simple contrat de licence en mécanisme de verrouillage systémique.

Dans les faits, on observe une concentration vertigineuse du pouvoir technologique. Nvidia ne domine plus seulement le hardware IA, mais orchestre désormais l'écosystème financier qui le sous-tend. Les entreprises d'IA deviennent structurellement dépendantes d'une infrastructure qu'elles ne contrôlent pas, leurs choix technologiques étant pré-déterminés par les conditions de financement.

Cette dynamique soulève des questions cruciales de souveraineté technologique. Quand une seule entreprise contrôle simultanément la fabrication des puces, leur financement et leur distribution, les acteurs de l'IA perdent toute capacité de choix réel. L'article ne précise pas si des alternatives européennes ou chinoises émergent, mais le timing suggère une fenêtre d'opportunité qui se referme rapidement.

Points de vigilance : Confusion entre innovation et monopolisation ; illusion que la concurrence existe encore dans un marché déjà verrouillé financièrement

8/10 : Score sur l'échelle des "5 piliers de la liberté", inspiré de l'ouvrage de Timothy Snyder
Framework: Les 5 piliers de la Liberté
Depuis 20 ans, j’accompagne les équipes éditoriales (formation) et les ressources humaines (management) dans des projets où rigueur, agilité et pertinence cohabitent pour mettre en place des workflows et produire des contenus les plus utiles, accessibles et fiables possible. Au gré de mes missions, j’ai développé des outils pour m’aider

Et maintenant ?

Face à ces enjeux, plusieurs pistes d'action systémique se dessinent.

🤘 Créer des pools d'achat européens pour l'infrastructure IA critique.

L'Union européenne pourrait fédérer ses États membres, ses entreprises tech et ses institutions de recherche dans des consortiums d'achat groupé de hardware IA. Ces pools négocieraient directement avec les fabricants asiatiques (pas seulement Nvidia) pour diversifier l'approvisionnement et maintenir une capacité de choix. L'idée serait de mutualiser les risques financiers tout en préservant l'indépendance technologique des acteurs européens.

On saura que ça marche quand les premiers appels d'offres européens incluront des clauses de diversification obligatoire des fournisseurs, et quand émergera un écosystème de startups IA européennes qui ne dépendent plus exclusivement des puces Nvidia.

💪 Développer une infrastructure IA publique comme bien commun numérique.

Plutôt que de laisser chaque acteur négocier individuellement avec Nvidia, les pouvoirs publics pourraient investir dans une infrastructure IA mutualisée, accessible selon des critères transparents. Ce modèle, inspiré des réseaux électriques, permettrait aux startups et PME d'accéder à la puissance de calcul sans se soumettre aux conditions de financement des géants.

On saura que ça marche quand les premiers appels à projets publics européens incluront l'accès à cette infrastructure comme critère d'éligibilité, et quand les universités pourront former leurs étudiants sur des modèles IA sans dépendre des crédits cloud des GAFAM.

Imposer la transparence des accords de financement croisé dans l'écosystème IA.

Les régulateurs pourraient exiger que les entreprises dévoilent leurs dépendances financières cachées, notamment les mécanismes d'« acquihire inversé » décrits dans l'article. Cette transparence permettrait aux investisseurs, clients et partenaires de mesurer les risques de verrouillage et d'orienter leurs choix en conséquence.

On saura que ça marche quand les rapports annuels des entreprises IA incluront des sections obligatoires sur leurs dépendances technologiques, et quand émergera un indice public de « liberté technologique » des acteurs du secteur.


Ces pistes ne sont pas des recettes toutes faites, mais des points d'entrée pour repenser nos systèmes numériques selon une logique de liberté positive : non pas limiter, mais augmenter nos capacités collectives d'action.

Si tu connais des exemples réels qui vont dans ce sens — ou des contre-exemples qui méritent d'être documentés — partage-les moi et documentons les ensemble !

Cinq piliers pour prendre soin de nos libertés numériques