Quand les paris financent l'information : la dérive mercantile de Substack

Polymarket et Substack s'allient pour intégrer les marchés de prédiction dans le journalisme. Une coalition d'intérêts qui transforme l'information en produit dérivé financier.

23 févr. 2026
Quand les paris financent l'information : la dérive mercantile de Substack
Polymarket says “journalism is better when it’s backed by live markets”
Predictions market Polymarket and Substack are now “exclusive,” the companies announced. And the relationship getting serious is raising a few eyebrows. On Wednesday, Substack announced the new features that allow writers to embed prediction markets data directly into their newsletters…

Ce partenariat révèle une transformation profonde du modèle économique de l'information. Polymarket, plateforme de marchés prédictifs, devient sponsor exclusif de Substack et finance directement une cohorte de créateurs pour intégrer des données de paris dans leurs contenus. L'opération touche déjà 20% des 250 publications les plus rentables de la plateforme. Ce qui frappe, c'est la rhétorique utilisée : « Le journalisme est meilleur quand il est soutenu par des marchés en direct » - une affirmation qui transforme la vérification factuelle en spéculation financière.

"Beaucoup de gens se concentrent sur l'aspect trading des marchés prédictifs, mais le changement transformateur c'est d'avoir des cotes claires et publiques sur les événements futurs qui intéressent les gens [traduit de l'anglais]"

— Chris Best, Co-fondateur et CEO, Substack

Les journalistes interrogés pointent l'évidence : soit Substack empoche l'argent sans le redistribuer aux créateurs (trahissant son modèle « creator-friendly »), soit la plateforme croit sincèrement que parier améliore l'information. Cette logique révèle un basculement paradigmatique : l'information devient un actif financier dont la valeur se mesure aux flux de paris qu'elle génère, non à sa véracité ou utilité sociale.

Points de vigilance

Risque de normalisation d'un modèle où l'information devient marchandise financière. Le partenariat 'exclusif' peut créer une dépendance économique des créateurs aux flux de données prédictives.

Et maintenant ?

  • 🤘 Organiser une résistance coordonnée des créateurs Substack indépendants

Coalition de journalistes et créateurs Substack refusant les partenariats gambling, créant un label 'Information Sans Paris' et négociant collectivement des conditions alternatives avec la plateforme. Cibler le pilier 'légitimité éditoriale' de Substack en opposant un front créateur organisé.

→ On saura que ça marche quand Substack proposera des modèles de monétisation alternatifs aux partenariats gambling suite à la pression créateur.

  • 💪 Auditer et documenter les flux financiers des partenariats médias-gambling

Créateurs et journalistes enquêtant et publiant systématiquement sur les montants, conditions et bénéficiaires réels des deals entre plateformes de contenu et sites de paris. Créer une base de données publique des 'gambling partnerships' pour éclairer les choix d'audience.

→ On saura que ça marche quand les plateformes devront justifier publiquement leurs partenariats gambling face à une documentation systématique.

  • ✊ Construire des alternatives de financement éditorial sans intermédiaire gambling

Alliance éditeurs indépendants + fondations journalistiques pour créer des mécanismes de financement direct (micropaiements, coopératives de lecteurs, crowdfunding éditorial) qui court-circuitent la dépendance aux partenariats avec l'industrie des paris.

→ On saura que ça marche quand 10% des revenus créateurs passeront par des circuits directs plutôt que par des partenariats gambling platformes.


8/10 : Score sur l'échelle des "5 piliers de la liberté", inspiré de l'ouvrage de Timothy Snyder
Framework #FLTR — Note méthodologique
Protocole de production et de publication dont la ligne éditoriale est codée dans l’ADN-même du projet. Cette architecture auto-apprenante transforme une intention humaine en contraintes techniques, imposées tant aux outils d’intelligence artificielle qu’aux humains qui les entrainent, et vice-versa

Ces pistes ne sont pas des recettes toutes faites, mais des points d'entrée pour repenser nos systèmes numériques selon une logique de liberté positive : non pas limiter, mais augmenter nos capacités collectives d'action.

Si tu connais des exemples réels qui vont dans ce sens — ou des contre-exemples qui méritent d'être documentés — partage-les en commentaires et discutons-en ensemble sur Discord !