SaySo : une curation humaine contre le déluge algorithmique

SaySo : une curation humaine contre le déluge algorithmique

Une application de vidéo d'actualité lancée en avril 2026 parie sur des créateurs sélectionnés et modérés pour redonner confiance aux consommateurs d'information saturés par les grandes plateformes.

Overwhelmed by news on social? SaySo is betting a smaller, vetted creator feed is the answer
The vertical video news app promises creator-led “news on your terms.”

Selon le Reuters Institute for the Study of Journalism, 27 % des adultes dans 48 pays s'informent chaque semaine via des créateurs en ligne — mais seulement 13 % estiment que ces créateurs couvrent l'essentiel de leurs besoins informationnels. C'est dans cet écart que SaySo tente de s'installer. Lancée en avril 2026 par Caliber, la holding derrière The News Movement, The Recount et Capsule, l'application propose un flux de 30 créateurs sélectionnés selon des critères journalistiques internes, dont les vidéos sont toutes examinées par des modérateurs avant publication.

Le modèle repose sur une tension assumée : offrir de la personnalisation algorithmique (un onglet Explore, un algorithme basé sur l'historique de visionnage) tout en affirmant vouloir limiter le temps passé sur la plateforme. Cydney Adams, responsable produit, formule l'ambition ainsi : « Nous voulons que ce soit l'information à vos conditions. » Cette posture tranche avec le modèle publicitaire dominant, où la durée d'attention est la principale unité de valeur. SaySo prévoit à la place des revenus partagés avec les créateurs, des options de rémunération directe par les utilisateurs, et des fonctionnalités premium payantes — sans publicité display.

"Je ne crois pas qu'il soit possible d'être entièrement sans biais, mais il est possible d'être équitable en étant honnête avec son audience sur sa position — ce que nous voulons, c'est que les créateurs soient transparents à ce sujet, et qu'ils partagent leurs sources, pour que l'utilisateur puisse décider lui-même comment former son opinion."

— Cydney Adams, Responsable produit, SaySo

La sélection des créateurs soulève une question structurelle que l'article effleure sans la résoudre : qui définit les « standards journalistiques » retenus comme critères de vetting, selon quels processus, avec quelle responsabilité éditoriale ? Adams reconnaît que l'objectif n'est pas l'absence de biais mais la transparence sur les sources et les positionnements. C'est une approche cohérente avec la factualité comme pilier, mais elle déplace la question de la confiance vers la plateforme elle-même — qui devient arbitre de ce qui est « fiable ».

SaySo n'est pas seule sur ce terrain : Noosphere (lancée par la journaliste Jane Ferguson) et Newsreel (lancée par l'ancien éditeur de NewsGuard Jack Brewster en novembre) occupent des niches adjacentes. Ce qui distingue SaySo, c'est son positionnement hybride entre journalisme professionnel et expertise de terrain, et son ambition de passer de 30 à au moins 100 créateurs d'ici fin 2026. La viabilité économique du modèle reste à démontrer.

Points de vigilance

La plateforme devient elle-même arbitre de la fiabilité des créateurs, sans que les critères de sélection soient publics ni auditables. Le modèle algorithmique de personnalisation coexiste avec la promesse de désengorgement — tension non résolue. La dépendance aux stipendes versés par SaySo crée un lien de subordination économique entre créateurs et plateforme, potentiellement incompatible avec l'indépendance éditoriale affichée.

Et maintenant ?

  • 🤘 Construire des référentiels publics de critères de vetting journalistique

Les critères de sélection des créateurs restent opaques chez SaySo comme chez ses concurrents. Des organisations de journalisme (associations professionnelles, écoles de journalisme, régulateurs de l'audiovisuel) pourraient co-construire un référentiel public de standards minimaux pour la curation de créateurs d'information — rendant auditable ce qui est aujourd'hui une décision privée et discrétionnaire.

→ On saura que ça avance quand au moins une plateforme de curation publie ses critères de sélection sous forme de document public soumis à commentaire externe.

  • 💪 Exiger la transparence sur les sources de financement des créateurs sélectionnés

Les créateurs de SaySo reçoivent des stipendes contractuels dont les montants ne sont pas divulgués. Les utilisateurs peuvent systématiquement demander aux créateurs qu'ils suivent de préciser leurs sources de revenus — pratique déjà normalisée dans le journalisme d'investigation — et privilégier ceux qui publient cette information de manière proactive.

→ On saura que ça marche quand les plateformes de curation intègrent un champ obligatoire de déclaration des revenus dans les profils créateurs, visible par les utilisateurs.

  • ✊ Documenter les biais de sélection des plateformes de curation pour alimenter le débat réglementaire

Des chercheurs en sciences de l'information et des organisations comme Reporters sans frontières ou le Reuters Institute pourraient auditer régulièrement la composition des catalogues de créateurs sur SaySo, Noosphere et Newsreel — diversité géographique, thématique, de genre, de positionnement éditorial — et publier des rapports comparatifs. Ces données alimenteraient les discussions réglementaires sur la responsabilité éditoriale des plateformes de curation.

→ On saura que ça marche quand un régulateur européen ou national cite explicitement ce type d'audit dans une consultation publique sur la responsabilité des plateformes d'information.


7/10 : Score sur l'échelle des "5 piliers de la liberté", inspiré de l'ouvrage de Timothy Snyder
Framework #FLTR — Note méthodologique
Protocole de production et de publication dont la ligne éditoriale est codée dans l’ADN-même du projet. Cette architecture auto-apprenante transforme une intention humaine en contraintes techniques, imposées tant aux outils d’intelligence artificielle qu’aux humains qui les entrainent, et vice-versa

Ces pistes ne sont pas des recettes toutes faites, mais des points d'entrée pour repenser nos systèmes numériques selon une logique de liberté positive : non pas limiter, mais augmenter nos capacités collectives d'action.

💬 On en discute ?

Tu veux recevoir le flux quotidien des articles publiés sur le site ? Suis-moi sur LinkedIn, Bluesky, Mastodon, Facebook !

Tu as des remarques, des suggestions, ou tu veux discuter d'une idée pour avancer dans tes propres projets ? Connecte-toi et laisse-moi un commentaire ou jette un oeil directement à mon agenda. 📆