
L'annonce d'Uber révèle une stratégie de pivot majeure : transformer ses millions de chauffeurs en réseau de capteurs mobiles pour alimenter l'industrie des véhicules autonomes. Praveen Neppalli Naga, directeur technique d'Uber, confirme que l'entreprise veut équiper les voitures de ses chauffeurs humains de capteurs pour collecter des données du monde réel. Le programme AV Labs, lancé en janvier, teste déjà cette approche avec une flotte dédiée.
"Le goulot d'étranglement, c'est la donnée. Les entreprises comme Waymo ont besoin de collecter les données, de collecter différents scénarios. Le problème pour toutes ces entreprises, c'est l'accès à ces données, parce qu'elles n'ont pas le capital pour déployer les voitures et aller collecter toutes ces informations."
— Praveen Neppalli Naga, Directeur technique, Uber
L'enjeu systémique dépasse la simple collecte de données : Uber se positionne comme l'infrastructure de données de tout l'écosystème des véhicules autonomes. Avec des partenariats déjà établis avec 25 entreprises d'IA automobile et un "cloud AV" en construction, l'entreprise crée une asymétrie de pouvoir considérable. Les chauffeurs deviennent des travailleurs-capteurs sans le savoir, leurs trajets quotidiens alimentant des modèles d'IA qui pourraient à terme les remplacer.
Le paradoxe révélé par cette stratégie : Uber prétend "démocratiser" ces données tout en construisant un monopole de fait sur l'information géospatiale urbaine. Cette stratégie transforme chaque course en session de surveillance, chaque chauffeur en collecteur de données involontaire pour des entreprises tierces.
Points de vigilance
Risque de normalisation de la surveillance mobile généralisée sous couvert d'innovation technologique. Les chauffeurs deviennent des travailleurs-capteurs sans négociation collective possible sur l'usage de leurs données de géolocalisation.
Et maintenant ?
- 🤘 Créer des syndicats de chauffeurs négociant collectivement l'usage des données
Organiser les chauffeurs Uber en syndicats transnationaux pour négocier des accords-cadres sur la collecte de données, la rémunération des données personnelles et le droit de veto sur les partenariats avec des entreprises d'IA. Utiliser le modèle des syndicats de dockers qui contrôlent l'accès aux ports.
→ On saura que ça marche quand Uber devra négocier des accords de données avec des représentants élus de chauffeurs plutôt que d'imposer unilatéralement ses conditions.
- 💪 Auditer et bloquer la collecte de données via des outils de détection de capteurs
Développer et utiliser des applications mobiles qui détectent les capteurs actifs dans les véhicules et permettent aux chauffeurs de les désactiver sélectivement. Créer un réseau d'entraide technique entre chauffeurs pour maintenir leur autonomie sur leurs données de géolocalisation.
→ On saura que ça marche quand les chauffeurs pourront choisir quelles données partager, avec qui et contre quelle rémunération, plutôt que de subir une collecte opaque.
- ✊ Organiser des grèves coordonnées des données pour fragiliser le modèle économique
Coordonner des journées de déconnexion massive des capteurs par les chauffeurs lors d'événements clés (lancements de produits IA, levées de fonds des partenaires). Cibler les moments où la valeur des données est maximale pour créer un rapport de force économique.
→ On saura que ça marche quand Uber devra reporter des lancements de produits ou renégocier ses contrats avec les entreprises d'IA faute de données suffisantes.
8/10 : Score sur l'échelle des "5 piliers de la liberté", inspiré de l'ouvrage de Timothy Snyder

Ces pistes ne sont pas des recettes toutes faites, mais des points d'entrée pour repenser nos systèmes numériques selon une logique de liberté positive : non pas limiter, mais augmenter nos capacités collectives d'action.
Le règlement européen sur l'IA exclut explicitement la sécurité nationale de son périmètre. En Belgique, aucun cadre législatif ne régit aujourd'hui l'utilisation de l'intelligence artificielle par la Défense ou la Police fédérale. La pétition déposée à la Chambre demande trois choses concrètes : un inventaire des systèmes IA déjà déployés, des standards nationaux minimaux, et un positionnement parlementaire sur la surveillance de masse et les armes autonomes.
Comment agir ? La pétition nécessite 25 000 signatures, réparties entre la Flandre, la Wallonie et Bruxelles, pour déclencher un examen parlementaire. C'est un mécanisme démocratique existant — il suffit de l'activer. Signer prend moins d'une minute sur le site de la Chambre

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