Framework: Les 5 piliers de la Liberté

Framework: Les 5 piliers de la Liberté

Depuis 20 ans, j'accompagne les équipes éditoriales (formation) et les ressources humaines (management) dans des projets où rigueur, agilité et pertinence cohabitent pour mettre en place des workflows et produire des contenus les plus utiles,  accessibles et fiables possible.

Au gré de mes missions, j'ai développé des outils pour m'aider à cerner les véritables besoins des mes partenaires et surtout, ceux de leurs audiences, comme par exemple, en 2016, avec le Lean Journalism Canvas, inspiré des travaux d'Ash Maurya et plus globalement de la dynamique du Design Thinking, pour accélérer le prototypage de services et de produits éditoriaux dans les rédactions.

Plus récemment, je me suis appuyé sur la grille de lecture en "5 piliers" (souveraineté, imprévisibilité, mobilité, factualité, solidarité), proposée par l'historien Timothy Snyder dans son livre "De la Liberté", pour développer un système de veille semi-automatisé (cfr. "Comment ça marche ?", ci-dessous).

Le numérique s'étant infiltré dans tous les aspects et les moindres recoins de notre vie en société, et ayant à mon petit niveau joué le rôle de catalyseur de cette "transformation numérique", mon intuition était que je pouvais me servir de ce cadre de référence théorique pour essayer d'aller plus loin.

En effet, depuis quelque temps, et particulièrement depuis le retour de Trump et le défilé obséquieux des CEO de la Silicon Valley dans le bureau oval, j'ai comme l'impression d'avoir participé à la construction progressive d'une prison dorée, où les outils que j'imaginais émancipateurs se sont retournés contre leurs utilisateurs.

J'ai alors entrepris de croiser les 5 piliers de Snyder et sa définition de la liberté positive/négative, avec ceux de l'innovation dite "systémique", comprenant entre autres les points de levier de Meadows et les archétypes de Senge.

Mon objectif: d'abord identifier des "problèmes", et ensuite essayer d'y apporter des propositions de "solutions", grâce à la communication.

Non pas en restant "dans les clous" de ce qui se fait déjà mais en changeant "les règles du jeux". Innover plutôt que rénover. Comprendre les symptômes et agir sur les systèmes. Un hack à la fois. "For the good"  🤘

À l’ère des Big Tech, la liberté est-elle un bug ?
Une erreur à corriger pour que le “système” continue de tourner — ou une fonctionnalité à défendre coûte que coûte pour en changer ?

J'ai eu l'occasion de présenter les premiers résultats de ce "framework" lors d'une conférence fin décembre 2025, à Liège, et au vu des retours et de l'enthousiasme suscité par cette approche, j'ai commencé à publier les articles issus de cette analyse. A ce jour, je produis entre 2 et 3 articles quotidiens, qui viennent nourrir ma newsletter "First Learn The Rules. Then Break Them", publiée tous les dimanches à 19h.

Cette méthodologie part d'une intuition qui ne demande qu'à être challengée et mise à l'épreuve. Si vous avez des suggestions pour l'améliorer, n'hésitez pas !

Les 5 piliers de la Liberté, adaptés au numérique

1. Souveraineté

C'est la capacité acquise de faire de vrais choix.

Adaptée au numérique, c'est la capacité à prendre des décisions informées, conscientes et non-aliénées sur ses systèmes, ses données et son infrastructure numérique.

Propriété et contrôle de l'infrastructure : Qui possède les serveurs ? Peut-on migrer ? Y a-t-il du vendor lock-in ?

Transparence opérationnelle : Code source ouvert ? Algorithmes explicables ? Audit possible ?

Autonomie décisionnelle : Vrai choix ou fausse alternative ("Accepter et continuer") ?

Indépendance technologique : Alternatives compétitives ? Écosystème décentralisé possible ?

Points de vigilance : Greenwashing numérique, libertarianisme techno, illusion de choix.

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2. Imprévisibilité

C'est le droit de surprendre et d'échapper à la prédiction.

Adapté au numérique, c'est le droit de rester imprévisible, de ne pas être réduit à un profil algorithmiquement figé.

Surveillance et profilage : Données comportementales ? Biométrie sans consentement ?

Enfermement algorithmique : Filter bubbles ? Scoring social ? Catégorisation permanente ?

Droit à l'incohérence : Puis-je contredire mon historique ? Droit à l'oubli opérationnel ?

Résistance à la prédiction : Systèmes anti-prédictifs ? Possibilité de "bruiter" ses données ?

Points de vigilance : Paradoxe du "personnalisé", confusion avec la vie privée, normalisation du profilage.

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3. Mobilité

C'est le droit de bouger sans trace ni entrave.

Adapté au numérique, c'est la capacité à partir sans perte majeure. La vraie fidélité est celle de quelqu'un qui pouvait partir.

Portabilité des données : Export en format standard ? Import chez un concurrent possible ?

Interopérabilité : Protocoles ouverts ? Standards (RSS, CalDAV, ActivityPub) ?

Absence de lock-in : Formats propriétaires ? APIs fermées ?

Liberté de changement : Coûts cachés de migration ? Frictions intentionnelles ?

Points de vigilance : Portabilité cosmétique, interopérabilité théorique, greenwashing de mobilité.

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4. Factualité

C'est le droit de savoir ce qui est vrai.

Adapté au numérique, c'est le droit à une réalité commune, à des faits vérifiables. « Abandonnez les faits, et vous abandonnez la liberté. »

Résistance à la désinformation : Distinction faits/spéculations ?

Fact-checking indépendant : Structures auditables ? Transparence des critères ?

Transparence algorithmique : Décisions explicables ? Recours possible ?

Accès à l'information : Murs payants ? Éducation aux médias ?

Pluralisme : Espace pour le débat contradictoire ?

Points de vigilance : Fact-checking capturé, confusion vérité/consensus, censure déguisée en fact-check.

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5. Solidarité

C'est le devoir de ne laisser personne derrière

Adapté au numérique, c'est la prise de conscience que ma liberté est collective, que mes données révèlent aussi celles de mes proches.

Données relatives : Protection des tiers ?

Actions collectives : Syndicats numériques ? Coalitions d'ONG ? Recours collectifs ?

Inclusion numérique : Fracture numérique ? Accès équitable ?

Protection des groupes marginalisés : Discriminations algorithmiques ?

Gouvernance participative : Qui décide ? Représentation des affectés ?

Responsabilité corporative : Conséquences réelles des abus ?

Points de vigilance : Solidarité paternaliste, responsabilité individuelle vs systémique, fausse inclusion.

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Comment ça marche ?

La veille : Un script Python, déployé en local sur ma machine via Claude Code (Anthropic), scrute en continu un corpus de plusieurs centaines de sources (environ 350, au 12/2025) soigneusement sélectionnées à la main, nourries et enrichies dans mon agrégateur RSS (Innoreader) depuis plus de 20 ans. Certains articles sont également analysé individuellement, au gré de mes lectures et de mes découvertes, via une extension chrome qui lance le script et produit la même analysée croisée – 5 piliers + innovation systémique –

L'analyse Le script, qui fait actuellement 826 lignes de code, décortique chaque article et leur attribue tout d'abord un score de 0 à 10, selon les critères suivants:

  • Composante 1 (max 5) : Intensité par pilier (0-2 chacun, divisé par 2)
  • Composante 2 (max 3) : Multi-dimensionnalité (1 pilier=0, 2=+1, 3=+2, 4-5=+3)
  • Composante 3 (max 2) : Qualité (fiabilité de la source +1, potentiel narratif +1)

Si le score atteint au minimum 7/10, le script continue de travailler et enclenche une deuxième analyse, afin de de confronter le contenu de l'article à cette "philosophie de l'action" défendue par Snyder dans son ouvrage.

  • Liberté positive : Ajouter, augmenter, enrichir plutôt que supprimer ou contraindre
  • Logique générative : Créer les conditions d'émergence plutôt qu'imposer des solutions
  • Démultiplication : Effets de réseau, coalitions, contagion positive

Le script croise ensuite le résultat avec le cadre conceptuel de référence de l'innovation systémique que je lui ai fournis, comprenant les points de levier de Meadows (paramètres, stocks/flux, feedbacks négatifs, feedbacks positifs, structure d'information, règles, auto-organisation, objectifs, paradigmes) et les archétypes systémiques de Senge (limites à la croissance, déplacement du fardeau, érosion des objectifs, escalade, succès aux plus performants, tragédie des communs, solutions contre-productives)

Le fruit de cette analyse croisée est ensuite synthétisé en 3 pistes d'actions concrètes, activables et réalistes, selon les critères de qualité ci-dessous:

Une piste DOIT :
✓ Casser un cercle vicieux identifié dans le diagnostic Snyder
✓ Créer des effets de réseau/démultiplication (vs solutions ponctuelles)
✓ Être potentiellement fédératrice (coalitions identifiables)
✓ Répondre explicitement à un ou plusieurs piliers violés
✓ Pouvoir s'élargir au-delà du cas analysé si pertinent

Une piste NE DOIT PAS :
✗ Rester symptomatique malgré l'apparence systémique
✗ Nécessiter des détails techniques granulaires
✗ Impliquer des acteurs trop diffus pour être activables
✗ Relever de la wishful thinking sans ancrage institutionnel/politique

Enfin, le script identifie et propose des "signaux de basculement", de manière à permettre aux lecteurs de se projeter dans ces trajectoires souhaitables (les pistes) et de reconnaitre les indices de performances de celles-ci, si elles devaient être concrétisées.

  • "On saura que ça marche quand..." (narratif, pas quantitatif)
  • Double horizon : signaux précoces (6-12 mois) + impact structurel (3-5 ans)
  • Fonction : boussole heuristique + outil rhétorique

La validation : Quand le script a terminé de produire son analyse, il rédige un brouillon d'article, que je relis attentivement. Je vérifie les sources, j'ajuste le scoring, je reformule certaines phrases et affine les pistes d'actions, si nécessaire. J'illustre ensuite l'article avec une image libre de droit (Unslpash), j'ajuste la mise en page et en confirme enfin le ou les piliers identifiés par le script. Je programme enfin sa publication ici-même.

Pourquoi cette approche ? Parce qu'elle me permet de traiter un volume d'informations impossible à gérer manuellement, tout en gardant un regard critique et éditorial sur ce qui est publié. L'IA est ici un outil d'augmentation, pas de remplacement — exactement la logique de liberté positive que je défends.

En toute transparence : oui, Claude rédige. Mais c'est moi qui choisis, qui valide et qui assume. Pour les podcast, ma voix a également été synthétisée, via un apprentissage et un clonage sur Elevenlabs.

Si une analyse vous semble bancale ou qu'une source mérite d'être challengée, si le ton utilisé pour les podcasts ne vous paît pas ou qu'il pourrait être amélioré, dites-le-moi, je prends beaucoup de plaisir à faire évoluer ce dispositif et à comprendre comment il peut être utile, ou pas.