Texte rédigé avec une IA, sous la direction et la responsabilité de Damien Van Achter. Son rapport de fabrication est en fin d'article.
Plusieurs d'entre vous m'ont demandé ce que je pensais de l'affaire Thélyson Orélien. Avant de répondre, j'ai fait un test. J'ai pris un de mes derniers articles, celui sur le pillage des créateurs par les entreprises d'IA, et je l'ai passé dans Pangram, le détecteur par lequel toute l'affaire est arrivée.

Verdict : 88 % de texte généré par IA.
J'ai tapé ma réaction à Claude dans la foulée : « résultat 88 % écrit avec l'IA, alors que c'est 100 % ». Le chiffre me paraissait très en dessous de la réalité. Pour moi, cet article, c'est la machine qui l'avait rédigé, de la première à la dernière phrase. Je ne m'en cache pas, et je joue cette carte depuis le début : depuis janvier 2026, le journal des changements de mon framework est public, et en juillet, j'ai raconté pourquoi et comment j'ai codé ma ligne éditoriale dans les outils d'IA avec lesquels j'écris.
Puis Claude a reconstitué le parcours de cet article, à partir du dépôt où vit tout mon travail et du journal de la session du 18 septembre. Et là, mon 100 % a pris l'eau.
Sur la prose, j'avais raison : le texte publié reprend à 93,5 % les mots du brouillon rédigé par Claude. La seule partie que Pangram juge humaine, c'est la carte de fin : ma bio, écrite de ma main. Mais le journal raconte autre chose que la prose. Ce 18 septembre, à 7 h 29, j'ai rejeté la première version, 2 329 mots : « c'est chiant au possible, ça jargonne, ça cite des textes de lois toutes les 2 lignes, ça tourne autour du pot ». La deuxième en faisait 1 194. À 7 h 44, j'ai demandé trois ajouts de fond, dont la qualification du calcul des deux entreprises visées : « cynique et profondément irrespectueuse ». À 9 h 37, j'ai imposé le titre. Et avant qu'une ligne soit écrite, la chaîne avait vérifié 60 affirmations sur sources primaires.
Pangram disait 88 %. Je disais 100 %. Aucun des deux chiffres ne voyait ça. Le rapport montre que je suis intervenu à chaque étape, sans écrire une phrase du corps du texte. Et c'est là tout l'intérêt.
Le chiffre dit d'où viennent les mots, pas qui a travaillé
L'affaire Orélien tient dans cet écart. Le 21 septembre, le jour où il recevait le prix Fnac pour C'était ça ou mourir, un compte X anonyme, « Balance ton Claude », a publié des captures de Pangram : 100 % IA pour le premier chapitre, 91 % pour le deuxième. Plus de 4 millions de vues au matin du 24 septembre. France 24 a repassé le roman entier : 92 %. La Presse et Radio-Canada : 94 %. D'autres détecteurs divergent. L'auteur dément, « je ne vois pas pourquoi je ferais appel à une machine », a-t-il déclaré à Libération, et ses deux éditeurs avec lui. Depuis le 23 au soir, La Presse documente en plus des accusations de plagiat visant des textes qu'il a publiés entre 2012 et 2014. Philippe Claudel, président de l'Académie Goncourt, a rappelé sur franceinfo : « Il faut quand même être très prudent. »
Je ne sais pas qui a écrit ce roman. Et c'est précisément le problème : un score ne le sait pas non plus. Il mesure la probabilité que des phrases ressemblent à ce qu'écrit une machine. Il ne voit ni qui a choisi le sujet, ni qui a jeté une version, ni qui a tranché.
Le fondateur de Pangram pose pourtant lui-même la question au bon endroit. Dans le portrait que Wired lui a consacré le 2 septembre, Max Spero explique en substance que le problème n'est pas l'usage de l'IA, mais le travail dont la valeur repose sur le fait de tromper le lecteur. Sa stratégie, dit-il, c'est de « bâtir la confiance par la transparence ». Sauf que son produit ne mesure pas la tromperie. Il rend un pourcentage. Et un pourcentage, sur X, circule comme un verdict. Wired raconte comment le premier grand scandale est parti : un manuscrit récupéré sur un site pirate, passé dans l'outil par Spero lui-même sans l'avoir lu en entier, le score posté sur X, et une parution finalement annulée par Hachette.
Montrer le chemin plutôt que défendre le produit
Ce 24 septembre, la bascule s'est faite en une phrase, écrite à Claude en réfléchissant à voix haute : « on déplace le focus de l'output (l'article, le livre) vers le process ». La seule façon de montrer ce qu'un humain apporte à un texte co-écrit, c'est de montrer le chemin. L'intention de départ. Les règles posées avant. Les versions jetées. Les consignes. Et pour un roman, ai-je ajouté, « ce sont les notes accumulées, les intuitions répertoriées, les allers-retours avec la machine, les pistes creusées et celles abandonnées, c'est le git en fait ».
Un git, pour qui n'en a jamais ouvert, c'est l'historique complet d'un projet : chaque modification, datée, avec son auteur. Mon travail en a un. Tout le cadre de FLTR aussi : la ligne éditoriale codée, les règles de vérification, les interdits de style. 57 modifications versionnées depuis février, dont plusieurs nées d'erreurs corrigées sur des articles précédents.

Je voulais que ce parcours tienne en une page, qu'un rédacteur en chef, un éditeur ou un juge puisse le lire en une minute, et que son propre jugement ait la place de compléter l'analyse. Claude l'a monté à partir du journal. Puis j'ai décidé qu'il serait sur chaque texte du site, à partir d'aujourd'hui.
Concrètement, une ligne en tête de chaque article dit comment il a été rédigé. En bas, un encadré dépliable raconte le parcours, heure par heure : ce que j'ai décidé, ce que la machine a fait, ce qui a été vérifié, ce qui a été écarté, et ce qui a raté. Sur l'article du 18 septembre, il dit par exemple que l'envoi aux 557 abonnés est parti sans sa carte d'introduction. Ce premier rapport est en ligne. Celui de ce texte-ci est en bas de page.
La confiance se crée, s'entretient, s'enrichit
Le 2 janvier 2025, dans un billet de rentrée, j'écrivais que « cette disposition de l'esprit qui consiste à créer, nourrir et développer des relations de confiance » était une des choses que l'IA n'était pas près de nous enlever. Vingt mois plus tard, la phrase tient toujours. Ce qui a changé, c'est la manière de la tenir : la confiance ne vient pas de ce que je n'utiliserais pas la machine. Elle vient de ce que je montre ce que j'en fais.
La créer, d'abord, c'est dire la part de chacun, y compris quand elle ne flatte personne. Les articles qui reprennent chaque jour les sujets de ma lettre du dimanche sont rédigés et publiés par la chaîne, sans relecture humaine. Leur rapport le dit, dès la première ligne.
L'entretenir, c'est ne pas tricher avec le rapport lui-même. Un rapport qui inventerait une consigne serait pire que pas de rapport du tout. Mes phrases y sont citées dans mes mots, fautes corrigées, et le texte tel que je l'ai tapé s'affiche au survol. Le code refuse toute citation qu'il ne retrouve pas dans le journal de la session, à la minute près.
L'enrichir, enfin, c'est vous laisser le dernier mot. Le rapport ne rend pas de note. Il s'arrête sur des questions : l'angle tient-il face aux pièces, les coupes ont-elles écarté ce qui aurait dû rester ? Il donne des pièces à votre jugement, là où le détecteur met un chiffre à la place du vôtre. Et il dit ses limites : rien n'y est horodaté par un tiers. C'est crédible, pas opposable. Ancrer ces historiques dans un registre public, une blockchain par exemple, serait la marche suivante. C'est un autre texte.
Un roman pourrait avoir le sien. Orélien dit constituer un dossier avec ses éditeurs pour prouver ce qu'il avance. Des brouillons datés, des versions successives, une trace de l'écriture pèseraient plus lourd que n'importe quel score, dans un sens comme dans l'autre.
Et vous : qu'est-ce qui vous donnerait confiance dans un texte dont vous savez qu'une machine l'a écrit ?
Rapport de fabrication (qui a décidé quoi, ce qui a été vérifié)
Publié le 25 septembre 2026 à 9 h 45. Signé et assumé par Damien Van Achter. Rédaction par Claude (Anthropic) dans Claude Code, sous le cadre éditorial FLTR.
En une phrase. La prose du corps a été rédigée par la machine. Le déclencheur, l'angle, les décisions sur le rapport de fabrication, le sens exact de sa réaction au test Pangram, le titre, les mots de l'affiche, les retouches finales et la carte d'envoi aux abonnés viennent de l'auteur, cette dernière écrite de sa main. Les 43 affirmations factuelles ont été vérifiées avant la rédaction.
Parcours
- 07:31auteurDes lecteurs demandent son avis sur l'affaire Orélien ; il passe son dernier article dans Pangram : « résultat 88 % écrit avec l'IA, alors que c'est 100 % ».
- machineAnalyse de Pangram et de l'affaire selon la grille FLTR ; comparaison du texte publié avec le brouillon du 18 septembre : 93,5 % de mots identiques.
- 07:42auteurAngle posé : « on déplace le focus de l'output (l'article, le livre) vers le process ».
- 07:49auteurPistes proposées : horodatage par blockchain, audit par les éditeurs, charte de ce qu'on montre, rapport d'une page pour un éditeur, un juge ou un rédacteur en chef.
- 07:51auteurFeu vert : « oui, lance le rapport de fabrication ».
- 07:53machinePrototype du rapport de l'article du 18 septembre, tiré du dépôt et du journal de session.
- 08:10auteurDécision : « Je veux que tous mes articles bénéficient de ce rapport de fabrication ».
- 08:23machinePose automatique dans Ghost, contrôle des citations contre le journal, tests, déploiement sur le serveur de production.
- 08:37auteurRègle des citations : « corrige les fautes de français, mais garde l'intégrité de mes phrases ».
- 08:58auteurCommande de ce texte : « avec comme fil conducteur la confiance à créer, à entretenir, à enrichir ».
- 09:07machineTrois vérifications en parallèle (Wired en version originale, affaire Orélien, textes antérieurs de l'auteur), tableau de 43 affirmations, plan.
- 09:33auteurPlan validé, aveu d'ouverture accepté, texte public : « go, oui pour les quatre, public ».
- machineLa machine avait lu « 100 % » comme « 100 % de moi » : question posée avant la première ligne.
- 09:40auteurCorrection du sens : « je trouvais le résultat de 88% très en dessous de la réalité ». Et le rapport montre qu'il est intervenu : « c'est ça tout l'intérêt ».
- 09:42machineRédaction, 1 340 mots, relecture contre les interdits de style et le tableau des affirmations ; brouillon créé dans Ghost, jamais publié directement.
- 09:47auteurPremier titre refusé : « je préfère un titre qui ne parle pas de Pangram ».
- 09:52auteurTitre écrit par l'auteur : « Affaire Thélyson Orélien : détecter qui a écrit les mots a moins d'intérêt que de savoir pourquoi, et surtout comment ».
- 09:54auteurCorrection d'un passage : sa transparence ne date pas d'un article de juillet, mais du framework public depuis janvier 2026 : « je joue la carte de la transparence depuis le début ».
- machineCorrection limitée aux deux paragraphes concernés, pour ne pas écraser les retouches déjà faites par l'auteur dans l'éditeur.
- 10:06auteurMots colorés de l'affiche choisis : « Thélyson Orélien », « écrit les mots », « savoir pourquoi », « comment ».
- machineAffiche 4:5 aux couleurs FLTR, posée en image à la une.
- 10:11auteurRetouches dans l'éditeur Ghost : capture du résultat Pangram, carte vers le billet sur la ligne éditoriale, nouvel excerpt, quelques formulations.
- machineRelecture de la version de l'auteur : carte d'envoi aux abonnés vide, texte alternatif absent sur la capture, excerpt et description divergents.
- 10:30auteurCarte d'envoi aux abonnés réécrite de sa main, en partant du texte proposé par la machine, et prolongée : « là où la machine ne me remplacera jamais ».
- 10:33auteurRelecture finale et programmation dans l'éditeur Ghost. Parution et envoi aux abonnés déplacés ensuite au vendredi 25 septembre à 9 h 45, pour laisser au post LinkedIn son propre créneau.
- 11:32auteurTitre retouché après la programmation, l'ordre des deux questions inversé : « Affaire Thélyson Orélien : détecter qui a écrit les mots a moins d'intérêt que de savoir comment, et surtout pourquoi ? ».
- machineTitre répercuté sur la fiche Notion et les trois posts sociaux, phrase du post LinkedIn alignée (« ni comment, ni surtout pourquoi »), affiche refaite.
Heures de l'auteur tirées du transcript de la session ; heures de la machine tirées des fichiers et du déploiement, et omises quand aucune trace ne les date. Citations de l'auteur : ses mots, orthographe corrigée ; le texte tel qu'écrit s'affiche au survol.
Vérification
- 43 affirmations inventoriées avant la rédaction, chacune rattachée à sa source : article de Wired lu en version originale sur wired.com, presse sur l'affaire Orélien (Libération, La Presse, Radio-Canada, France 24, franceinfo), rapport Pangram public, dépôt et journaux de session.
- Six citations de Max Spero tirées de la traduction s'écartaient de l'original anglais : elles passent en paraphrase, sans guillemets.
- Les dates d'écriture 2017 et 2019 venaient d'une déclaration jointe au communiqué de Grasset, pas de Libération ; l'audience du compte accusateur, relevée à 3 millions, est passée à plus de 4 millions le 24 au matin.
- Écartés faute de source lisible : une phrase de Max Spero à The Atlantic, connue seulement par une traduction de l'AFP ; un texte de janvier 2026 sur la Charte de Munich, rédigé par Claude Code et non par l'auteur.
Choix et limites
- Hors de ce texte, pour d'autres articles : la blockchain et les contrats intelligents pour rémunérer les auteurs, C2PA, les liens entre un chercheur et un agent littéraire qui défendent Pangram.
- Affaire Orélien : aucune conclusion sur l'auteur du roman ; les accusations de plagiat sont présentées comme telles.
- Incident : la machine avait mal compris la réaction de l'auteur au test Pangram et l'avait écrite à deux endroits du dépôt ; corrigé avant la rédaction.
- Un renvoi à un article du 24 juillet a été remplacé, à la demande de l'auteur, par le journal public du framework (janvier 2026) et le billet sur la ligne éditoriale codée (juillet 2026).
Cadre
Charte éditoriale, grille d'analyse, règles de vérification et interdits de style écrits par l'auteur et appliqués à chaque session.
Pièces
Tableau des affirmations, plan, brouillon, transcript horodaté de la session, dépôt versionné. Aucun horodatage par un tiers : ces pièces sont crédibles, pas opposables.
À votre jugement
Ce rapport montre qui a décidé quoi, pas si ces décisions étaient bonnes. Le texte est-il juste avec Thélyson Orélien ? Le parallèle entre un article et un roman tient-il ? La part de l'auteur est-elle celle que le texte décrit ?
Rapport établi le 24 septembre 2026.
Je m'appelle Damien Van Achter, Je suis journaliste, prof et consultant. Je coordonne les programmes d'innovation et le lab entrepreneurial de l'IHECS, à Bruxelles. Depuis 2005, j'analyse comment fonctionnent nos systèmes informationnels et les enjeux démocratiques qu'ils engendrent.
Au cours du temps, j'ai développé des outils d'analyse qui repèrent les pièges tendus par les entreprises de la tech et certains états, et j'explore des pistes pour en sortir, de manière constructive et avec discernement.
J'explique ici ma démarche, inspirée notamment des travaux de l'historien Timothy Snyder, comment ces analyses sont produites techniquement et humainement, ainsi que leurs limites.
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